Ils sauvent des vies, mais risquent la leur à chaque intervention. Dans les quartiers les plus redoutés du Cap, en Afrique du Sud, les ambulanciers n’ont plus le droit d’avancer seuls. Escortés par la police, ils traversent des territoires rongés par la violence armée, les gangs et l’effondrement de l’ordre public. Là où le danger guette à chaque coin de rue, les sirènes ne suffisent plus à ouvrir la voie.
Une escorte obligatoire pour survivre
Hanover Park, Manenberg, Bonteheuwel… Ces noms évoquent moins des lieux que des zones de guerre urbaine. Dans ces quartiers classés “zones rouges” par les autorités sud-africaines, les ambulanciers ne sortent plus sans protection policière. La mesure, instaurée en urgence, est devenue une norme. Car les chiffres sont glaçants : depuis 2016, des dizaines d’agressions ciblées contre les équipes médicales ont été recensées, parfois en plein trajet, parfois en pleine intervention.
Les assaillants ? Des gangs qui imposent leur propre loi, voient dans les ambulanciers des intrus, voire des menaces. Parfois, les secours sont délibérément piégés, appelés pour de fausses urgences afin de les dépouiller ou les intimider.
Une mission vitale sous tension constante
Mandla, ambulancier depuis plus de 15 ans, raconte : « On se prépare à sauver des vies, mais on sait aussi qu’on peut perdre la nôtre. » L’habit ne protège plus, la vocation non plus. La peur, elle, est bien réelle. Elle se mêle à l’épuisement et à la colère, mais aussi à une obstination silencieuse : celle de continuer à répondre à l’appel, même quand la sirène rime avec danger.
Chaque sortie est minutée, encadrée, coordonnée. Une voiture de police précède ou accompagne le véhicule de secours. Parfois, des patrouilles doivent sécuriser la zone avant même que les ambulanciers ne s’approchent. Cela entraîne des retards critiques. Des patients meurent avant même d’avoir été atteints.
L’effet domino de l’insécurité
Cette crise ne touche pas seulement les secouristes : elle étrangle tout le système d’urgence. Les appels diminuent, car certains habitants n’osent plus contacter les secours, craignant de les exposer ou de s’exposer eux-mêmes. Les professionnels de santé désertent ces zones, où ils ne sont plus certains de revenir vivants. Et dans ces territoires à l’abandon, la défiance envers l’État grandit, alimentant un cercle vicieux.
Des initiatives ont vu le jour, comme la création de “Safe Points” autour des cliniques ou la mobilisation de leaders communautaires pour négocier des “couloirs sanitaires”. Mais les résultats restent fragiles face à l’ampleur du phénomène.
Quand la neutralité médicale ne protège plus
Le cas du Cap est l’un des plus visibles, mais il n’est pas isolé. À Johannesburg, à Durban, des cas similaires émergent. L’Afrique du Sud, classée parmi les pays les plus violents au monde, voit ses services d’urgence vaciller. Ce qui était autrefois un principe intangible — la neutralité des soignants — est désormais balayé par la loi des armes.
Les ambulanciers du Cap avancent en première ligne, non contre un virus ou une catastrophe naturelle, mais contre la violence humaine. Ils restent debout, souvent sans reconnaissance, presque toujours sans armure.
Dans les rues étroites et dangereuses du Cap, ils avancent, gyrophare allumé et cœur battant. Ils ne portent pas d’armes, seulement des trousses de secours. Et, à chaque intervention, ils rappellent que le courage ne fait pas de bruit.
La Rédaction

