Dans le sud-est du Maroc, la confédération Aït Atta organise encore sa vie autour de la transhumance. Entre le Jbel Saghro et les zones présahariennes, les déplacements saisonniers structurent un mode de vie en recul face aux transformations du territoire.
Le Jbel Saghro, un territoire sans fixité
Dans le sud-est du Maroc, le massif du Jbel Saghro se distingue par ses reliefs secs, ses plateaux rocheux et ses vallées peu habitées. Le paysage y est souvent minéral, presque désertique, avec des températures extrêmes selon les saisons. C’est dans cet environnement que s’inscrit l’histoire des Aït Atta, une confédération tribale amazighe dont l’organisation sociale reste fortement liée à la mobilité.
Ici, le territoire n’est pas une frontière fixe. Il se définit par des parcours, des points d’eau, des zones de pâturage et des itinéraires connus de longue date.
La transhumance comme structure de vie

Un moment de la vie quotidienne de nomades dans les montagnes du Haut Atlas ou du Djebel Saghro.

Chez les Aït Atta, le déplacement des troupeaux constitue l’axe central de l’organisation sociale. Les familles suivent des cycles saisonniers, déplaçant chèvres et moutons entre les zones montagneuses et les espaces plus bas du versant présaharien.
Les campements sont temporaires. Les tentes sont montées à proximité des pâturages, puis démontées dès que les ressources s’épuisent ou que la saison change. Chaque déplacement implique une coordination précise entre les membres du groupe : surveillance des animaux, gestion de l’eau, transport du matériel.
Le rythme n’est pas dicté par des horaires, mais par l’état des sols, la disponibilité de l’herbe et les conditions climatiques.
Organisation tribale et continuité des règles sociales

Une famille amazighe de la vallée du Drâa, en tenue traditionnelle.
La confédération Aït Atta repose sur un ensemble de fractions familiales et territoriales. Cette organisation ne relève pas uniquement de la tradition : elle structure encore aujourd’hui la répartition des espaces et des responsabilités.
Les décisions liées aux déplacements, à la gestion des troupeaux ou à la répartition des ressources sont souvent discutées à l’échelle des anciens. La parole y conserve une place centrale, notamment pour la transmission des itinéraires et des usages du territoire.
Dans cet univers mobile, la continuité sociale ne dépend pas de l’immobilité, mais de la répétition des parcours et des règles collectives.
Un mode de vie sous pression


Au fil des dernières décennies, les parcours pastoraux des Aït Atta ont été progressivement réduits. L’extension des routes, la multiplication des villages fixes et la transformation des pratiques agricoles ont modifié l’équilibre ancien.
La scolarisation des enfants et l’accès aux services administratifs encouragent également une forme de sédentarisation. Les déplacements saisonniers deviennent plus courts, parfois limités à certaines zones.
Malgré ces évolutions, une partie des familles continue de maintenir la logique de transhumance, même de manière partielle.
Entre mobilité et transformation

Le mode de vie des Aït Atta s’inscrit aujourd’hui dans une tension constante entre continuité et adaptation. La mobilité reste un marqueur identitaire fort, mais elle coexiste avec des formes d’ancrage plus fixes.
Dans les zones du Saghro, les traces des campements temporaires rappellent encore une organisation où le déplacement n’était pas une contrainte, mais une structure sociale complète.
La Rédaction
Sources et références simplifiées
•Encyclopédie berbère – études sur les confédérations Aït Atta
•UNESCO – travaux sur les cultures pastorales du Maghreb
•Recherches anthropologiques (Maghreb / Atlas) – transhumance et organisation tribale
•Études universitaires marocaines – mutations des sociétés pastorales du sud-est

