Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria, Cameroun : qui tire vraiment parti de la flambée des prix mondiaux ?
Alors que les cours du cacao atteignent des niveaux records en 2025, les principaux pays producteurs africains tentent de capter une part plus importante de la valeur générée par cette filière stratégique. Si la Côte d’Ivoire et le Ghana dominent la production, la bataille du profit se joue ailleurs : dans la transformation locale, la gouvernance du secteur et la rémunération des cultivateurs.
Une domination incontestée de l’Afrique de l’Ouest
L’Afrique reste le cœur battant de la production mondiale de cacao. La Côte d’Ivoire occupe toujours la première place avec environ 2 millions de tonnes produites par an, suivie du Ghana qui en fournit plus de 750 000 tonnes. Ensemble, ils couvrent plus de 60 % de l’offre mondiale. Derrière eux, le Nigeria et le Cameroun complètent le quatuor africain dans le top 5 mondial.
Mais la hausse spectaculaire des prix — dopée par des conditions climatiques extrêmes, des maladies affectant les cacaoyers et des perturbations logistiques — ne profite pas de manière équitable à tous les acteurs du continent.
Prix garantis : un mécanisme protecteur… à double tranchant
La Côte d’Ivoire et le Ghana se distinguent par un système de prix planchers fixés par les autorités, censé stabiliser les revenus des producteurs. Pour la campagne 2024-2025, Abidjan a fixé le prix bord champ à 1 500 francs CFA le kilo, un niveau historiquement haut.
Mais ce modèle, basé sur des ventes anticipées à prix fixés des mois à l’avance, empêche souvent les paysans de bénéficier pleinement de l’envolée actuelle du marché international. Résultat : le différentiel entre le prix mondial et la rémunération réelle reste important, alimentant frustration et soupçons de captation des marges par les intermédiaires et l’État.
Nigéria et Cameroun : entre libéralisme et informalité
Le Nigeria, avec ses 300 000 producteurs, adopte une approche plus libérale. Les prix suivent davantage la dynamique internationale, ce qui permet à certains producteurs de vendre à des tarifs plus rémunérateurs. Toutefois, cette liberté s’accompagne d’un manque de régulation, d’un encadrement limité, et d’une traçabilité faible, freins majeurs à l’investissement et à la certification.
Le Cameroun, quant à lui, reste dans une position médiane : il affiche des ambitions en matière de transformation locale, mais les infrastructures restent insuffisantes et les exportations de fèves brutes dominent largement.
La transformation, nerf de la guerre
Un des leviers clés pour accroître les bénéfices est la transformation locale du cacao en produits semi-finis (pâte, beurre, poudre) ou finis (chocolat). La Côte d’Ivoire a lancé plusieurs zones industrielles dédiées, et quelques multinationales s’implantent localement. Mais le taux de transformation reste inférieur à 40 % du volume produit.
Le Ghana ambitionne lui aussi d’accroître la valeur ajoutée locale, via sa société nationale Cocobod et des partenariats privés. Le Nigeria, malgré son potentiel, peine à attirer les investissements nécessaires pour moderniser ses usines vieillissantes.
L’équité au cœur des tensions
Derrière les chiffres de production et les discours sur l’industrialisation se cache une réalité préoccupante : les producteurs africains touchent en moyenne moins de 6 % du prix final d’une tablette de chocolat. Ce déséquilibre alimente un débat mondial sur la justice commerciale, la transparence dans les filières et la nécessité de revoir les règles du jeu.
Des initiatives émergent, comme l’Alliance Cacao, portée par la Côte d’Ivoire et le Ghana, pour peser davantage dans les négociations internationales. Mais la montée de nouveaux producteurs — comme l’Équateur, désormais troisième mondial — pourrait rebattre les cartes.
Un virage à ne pas manquer
La flambée des prix du cacao représente une opportunité historique pour les pays africains producteurs. Mais pour transformer cette manne en richesse durable, il faudra plus qu’une bonne récolte : une refonte des chaînes de valeur, une meilleure protection des producteurs et une volonté politique forte pour investir dans la transformation locale. Sans cela, l’Afrique restera le verger du monde… sans en goûter les fruits.
La Rédaction

