Quatre ans après le drame, Médecins sans frontières (MSF) rompt le silence : les trois employés tués en juin 2021 dans la région éthiopienne du Tigré ont été « exécutés », et non victimes collatérales d’un conflit armé.
Une exécution ciblée en pleine guerre
María Hernández (35 ans, Espagne), Yohannes Halefom Reda (31 ans) et Tedros Gebremariam Gebremichael (31 ans, Éthiopie), tous membres de MSF-Espagne, ont été tués par balles alors qu’ils se trouvaient en mission humanitaire. Leur véhicule, clairement identifié comme appartenant à une ONG, a été retrouvé incendié.
Un rapport interne rendu public ce mardi affirme que les trois humanitaires ont été « exécutés » alors qu’ils faisaient face à leurs agresseurs. L’organisation pointe directement les autorités éthiopiennes, accusées de n’avoir fourni « aucune réponse crédible » malgré des relances répétées.
Présence militaire et silence officiel
MSF indique qu’un convoi de soldats de l’armée éthiopienne se trouvait dans la zone au moment du drame. Une enquête du New York Times, publiée dès mars 2022, citait un colonel éthiopien qui aurait donné l’ordre de tuer les humanitaires — une affirmation que MSF ne confirme pas, faute de preuves directes.
L’armée et les autorités fédérales d’Addis Abeba n’ont, à ce jour, pas répondu aux sollicitations de l’ONG ni aux demandes d’explication de la presse.
Le Tigré, champ de guerre et de silence
De novembre 2020 à novembre 2022, le Tigré a été ravagé par une guerre opposant les forces fédérales éthiopiennes — appuyées notamment par l’armée érythréenne — aux rebelles tigréens.
Accusations de crimes de guerre, violences sexuelles massives, blocus de l’aide humanitaire : ce conflit, qui a causé environ 600 000 morts, reste l’un des plus meurtriers du XXIe siècle.
Un prix Nobel dans la tourmente
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, porté aux nues en 2019 avec le prix Nobel de la paix pour sa réconciliation avec l’Érythrée, voit aujourd’hui son image ternie. Son gouvernement est désormais accusé de violations des droits humains dans d’autres régions en crise, notamment l’Amhara et l’Oromia.
L’exécution présumée des trois humanitaires de MSF symbolise les zones d’ombre persistantes autour du conflit du Tigré. Elle révèle aussi l’impunité encore prégnante pour les crimes commis contre les civils et les travailleurs humanitaires. Trois ans plus tard, leurs familles et collègues attendent toujours vérité et justice.
La Rédaction

