Le compte à rebours pour la présidentielle de 2027 a déjà commencé au Nigeria, et le président Bola Tinubu ne laisse rien au hasard. Le récent départ d’Abdullahi Ganduje de la tête du Congrès progressiste (APC), officiellement pour « raisons de santé », s’apparente à un mouvement stratégique mûrement calculé. En toile de fond : la conquête des 6 millions de voix de l’État de Kano, deuxième plus grand bassin électoral du pays.
La chute contrôlée de Ganduje
Abdullahi Ganduje, 75 ans, ancien gouverneur de Kano et pilier du parti au pouvoir, a dirigé l’APC pendant deux ans. Pourtant, en coulisse, son influence semblait devenir un obstacle aux ambitions de Tinubu. Selon plusieurs sources proches de la présidence citées par The Africa Report, ce départ n’est pas le fruit du hasard. Le chef de l’État aurait personnellement œuvré à son éviction après de longs mois de pression discrète.
En cause : l’incapacité — ou le refus — de Ganduje de réconcilier le parti avec un acteur politique majeur du nord, Rabiu Kwankwaso, ancien gouverneur de Kano, chef du parti NNPP et figure influente dans cette région hautement stratégique. Or, en vue de 2027, Tinubu cherche à bâtir une alliance plus large dans le Nord, et Kano est l’épicentre de cette recomposition.
Kano : l’enjeu électoral du Nord
Avec ses plus de 6 millions d’électeurs, l’État de Kano est considéré comme l’un des terrains les plus décisifs de toute élection présidentielle nigériane. Lors du scrutin de 2023, Tinubu n’y avait pas remporté la majorité, laissant un boulevard au NNPP. Aujourd’hui, il tente de reprendre la main, en éliminant toute résistance au sein même de son parti.
Ganduje, malgré sa loyauté passée, est désormais perçu comme un frein. Ses différends personnels et politiques avec Kwankwaso ont empêché toute tentative d’ouverture ou d’alliance. Son retrait ouvre désormais la voie à une recomposition des forces à droite, incluant potentiellement un rapprochement entre l’APC et des figures du NNPP.
Une stratégie nordiste en marche
Ce geste fort s’inscrit dans une stratégie plus large : reconstituer un bloc électoral solide dans le Nord, là où Tinubu avait perdu du terrain face à ses adversaires en 2023. En repositionnant l’APC à Kano sans Ganduje, il espère séduire l’électorat nordiste, capitaliser sur l’influence de Kwankwaso et garantir un « glissement de terrain » (landslide) en 2027.
Reste à savoir si cette manœuvre suffira à convaincre un Kwankwaso réputé indépendant et méfiant vis-à-vis des alliances d’opportunité. Pour l’instant, aucun signal officiel n’a été donné quant à une éventuelle entente entre les deux hommes. Mais l’espace politique est désormais libéré pour que les tractations commencent.
Le départ d’Abdullahi Ganduje n’est pas un simple changement de direction au sein de l’APC. Il marque une rupture politique stratégique, orchestrée par Bola Tinubu pour maximiser ses chances de réélection en 2027. En visant le bastion électoral de Kano, le président nigérian montre qu’il entend bâtir sa victoire future sur les cendres des résistances internes, avec pour mot d’ordre : consolidation, calcul et conquête.
La Rédaction

