À l’occasion de son cinquantenaire, la Commission de la Cédéao orchestre dans la capitale togolaise une quinzaine régionale dédiée au commerce transfrontalier à petite échelle. Derrière l’événement se joue un enjeu crucial : formaliser et sécuriser l’activité de millions de femmes, véritables piliers invisibles de l’intégration économique ouest-africaine.
LOMÉ, juin 2026 — La capitale togolaise s’impose, depuis le 18 juin, comme le centre névralgique de la réflexion sur le commerce subsaharien. Dans le cadre des célébrations de son demi-siècle d’existence, la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) y déploie une ambitieuse quinzaine régionale. L’événement ambitionne de jeter une lumière crue sur le commerce transfrontalier à petite échelle (CTPE), un secteur majoritairement porté par des dynamiques féminines, trop longtemps relégué aux marges des politiques publiques formelles.
Pendant six jours, ce forum transcende le simple cadre commémoratif pour se muer en un carrefour stratégique. Il rassemble un écosystème hétérogène où se côtoient entrepreneures de l’économie informelle, hauts responsables institutionnels, technocrates douaniers, banquiers et partenaires multilatéraux au développement. L’objectif est clair : briser les silos pour co-construire des corridors commerciaux plus fluides et inclusifs.
Lomé, vitrine de la souveraineté économique au féminin
Au centre de cette quinzaine, la foire commerciale dépasse la simple exposition de marchandises. Elle se veut le miroir du potentiel d’intégration des filières agricoles, halieutiques et artisanales d’Afrique de l’Ouest. Si ces circuits sont souvent qualifiés d’informels, ils constituent en réalité l’armature invisible de la sécurité alimentaire régionale et le principal amortisseur social pour des millions de ménages. En mettant en valeur ces chaînes de valeur, la Cédéao tente de transformer une économie de subsistance en un véritable levier de croissance macroéconomique.
Le volet commercial se double d’un impératif académique et technique. Un séminaire de renforcement des capacités initie les participantes aux arcanes des instruments communautaires. L’enjeu est de taille : démocratiser l’accès aux mécanismes de facilitation des échanges, vulgariser les réglementations douanières harmonisées et ouvrir les vannes des financements régionaux, souvent jugés inaccessibles par les micro-entrepreneures.
Fluidifier les corridors : le défi des barrières non tarifaires
Le point d’orgue de cette initiative réside dans le déploiement d’une caravane de sensibilisation le long des principaux axes routiers de la sous-région. Cette démarche itinérante s’attaque au nœud gordien du commerce ouest-africain : les tracasseries transfrontalières, la corruption endémique et la complexité des procédures administratives, qui pénalisent de manière disproportionnée les femmes.
L’enjeu macroéconomique : En ciblant les goulots d’étranglement logistiques, la Cédéao ne cherche pas seulement à sécuriser le quotidien des commerçantes ; elle tente d’opérationnaliser concrètement la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) à l’échelle communautaire.
Au-delà de la diplomatie de salon, la quinzaine de Lomé pose les jalons d’une doctrine économique renouvelée pour la Cédéao. En cherchant à formaliser le commerce transfrontalier féminin, l’institution panafricaine prend le parti de la modernité : faire de l’inclusion de genre le moteur d’une intégration régionale enfin palpable pour les populations.
La Rédaction

