La situation politique et économique dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) ne cesse de se dégrader. À Goma, capitale du Nord-Kivu, et à Gisenyi, juste de l’autre côté de la frontière au Rwanda, des milliers de petites commerçantes, pour la plupart des femmes, continuent de traverser quotidiennement la frontière malgré la guerre, le manque de ressources et les restrictions de plus en plus sévères. Elles sont le moteur de l’économie transfrontalière qui, même en crise, refuse de s’effondrer.
Le contrôle de Goma par la milice M23, soutenue par le Rwanda, a profondément modifié la dynamique entre ces deux villes. Alors que des changements politiques et sociaux dramatiques bouleversent le quotidien, notamment avec la réouverture partielle de la frontière et l’abandon de certaines règles restrictives comme la carte d’identité de la Communauté économique des pays des Grands Lacs, les commerçants, en particulier les femmes, doivent s’adapter pour survivre.
Entre conflit et résilience : une frontière qui se traverse avec courage
La frontière entre Goma et Gisenyi n’a jamais été aussi cruciale. Bien qu’elle sépare deux pays et deux gouvernements distincts, elle est avant tout un passage de survie économique pour des milliers de femmes. Joyce Birindwa, commerçante de tomates, témoigne de la dureté de son métier dans ce contexte de guerre. « Mes tomates pourrissent souvent, et les clients peinent à comprendre l’ampleur des pertes. Mais je n’ai pas d’autre choix que de continuer », raconte-t-elle, assise près de son étalage à Birere, un quartier à quelques mètres du poste de frontière de la Petite Barrière.
La guerre et l’instabilité ont exacerbé les difficultés économiques. Le manque de liquidités à Goma, où toutes les banques sont fermées, complique encore la situation. Les femmes commerçantes comme Joyce font face à des obstacles insurmontables : les produits arrivent, mais les clients n’ont pas l’argent nécessaire pour les acheter. La situation financière des commerçantes est d’autant plus critique que nombre d’entre elles ont de l’argent bloqué dans les banques fermées par la guerre.
Un rôle vital dans l’économie locale
Si le climat économique semble particulièrement difficile, il y a cependant une lueur d’espoir dans ce qui pourrait sembler être une tragédie économique : la résilience de ces petites commerçantes. Elles continuent de faire la navette entre les deux villes, apportant de la nourriture, des produits agricoles et des biens de consommation. Selon Brigitte Kisuba, présidente d’une association de commerçants, entre 10 000 et 30 000 personnes traversent chaque jour la frontière pour échanger des biens. Ce chiffre a explosé depuis la prise de Goma par le M23, soulignant la dépendance mutuelle des deux économies locales.
Une reprise qui se fait lente et difficile
Les femmes commerçantes se battent pour maintenir la fluidité des échanges, mais elles sont confrontées à une grave pénurie d’argent. Louise Ishimwe, une autre commerçante de Gisenyi, explique : « Nous apportons des produits à Goma, mais l’argent manque pour acheter. Nous vivons mal, et je ne peux même pas envoyer mes enfants à l’école ». La crise monétaire, qui résulte en grande partie de la fermeture des banques à Goma, aggrave la situation. Les petites commerçantes se retrouvent dans l’impossibilité de relancer leurs activités, faute de liquidités.
Femmes et économie : une reprise possible grâce à elles
Les femmes commerçantes ne sont pas seulement des actrices économiques, elles sont également des stabilisatrices sociales. En ces temps de guerre et d’incertitude, elles représentent l’espoir d’une reprise économique. Elles traversent la frontière avec courage, bravant le danger et la pauvreté, pour faire vivre leurs familles et leurs communautés. Comme l’indique Dieumerci Munguiko, analyste économique : « Les femmes prennent sur leurs épaules une grande partie du poids économique et social dans cette région. Elles continuent de se rendre au Rwanda pour se nourrir, et par conséquent, nourrissent aussi l’économie locale de Goma. »
Loin des grandes décisions politiques, ce sont ces femmes qui assurent, tant bien que mal, le quotidien. Leur résilience et leur détermination sont un modèle de survie et de force dans un contexte de guerre et d’incertitude économique.
La Rédaction

