Dans les couloirs sombres des hôpitaux, dans l’ombre des disparitions inexpliquées, une question persiste : un trafic d’organes existe-t-il en République démocratique du Congo ? Entre rumeurs effrayantes et démentis officiels, le doute s’installe, alimenté par des témoignages troublants et une législation encore trop floue.
Des disparitions et des soupçons étouffés
Des corps retrouvés sans certains organes, des patients admis pour des interventions mineures qui ne se réveillent jamais, des familles qui s’interrogent sans jamais obtenir de réponses. À Kinshasa, ces histoires ne sont pas rares. Pourtant, dès que la question d’un possible trafic d’organes est soulevée, les autorités réagissent avec fermeté.
En 2022 et 2023, des rumeurs ont secoué la capitale congolaise, accusant certains établissements de pratiques illégales. Mais le gouvernement a rapidement balayé ces allégations, affirmant qu’aucune preuve tangible ne venait confirmer ces accusations. Le vice-ministre de la Santé, Serge Olene, a insisté sur le fait que la RDC ne disposait pas des infrastructures nécessaires pour organiser un tel commerce. Malgré cela, des interrogations subsistent : pourquoi certaines disparitions ne sont-elles jamais élucidées ? Qui contrôle réellement ce qui se passe dans les centres médicaux ?
Un terrain propice aux réseaux criminels
Si aucun trafic d’organes n’a été officiellement mis en évidence en RDC, le pays réunit pourtant tous les éléments qui, ailleurs, ont permis l’émergence de ce marché noir. En Égypte, par exemple, des migrants subsahariens en détresse ont été contraints de vendre un rein pour financer leur passage vers l’Europe.
La RDC, avec ses conflits armés, ses camps de réfugiés et ses conditions de vie précaires, est un terreau fertile pour ce type de trafic. Les populations les plus vulnérables – enfants des rues, déplacés, prisonniers – sont souvent celles dont la disparition ne fait pas de bruit. L’absence de contrôle strict sur les pratiques médicales, combinée à la corruption, pourrait permettre à des réseaux criminels d’opérer en toute discrétion.
L’enquête menée par Trésor Ebamu Fankana, dans son ouvrage Il faut qu’on en parle : Prélèvement, transplantation, don et trafic d’organes en République démocratique du Congo (2023), jette une lumière inquiétante sur ce phénomène. L’auteur y dénonce la faiblesse des structures de contrôle en RDC, soulignant qu’il n’existe pas de registre officiel pour les transplantations d’organes. Une situation qui, selon lui, facilite les dérives.
Une législation fragile, des failles béantes
Officiellement, la loi congolaise interdit tout prélèvement d’organes sans consentement. La loi n°18/035 du 13 décembre 2018 prévoit que les dons d’organes doivent être volontaires et encadrés par des procédures médicales strictes. Mais cette réglementation comporte des failles inquiétantes : elle ne prévoit aucune sanction pénale spécifique en cas d’infraction.
Autrement dit, même si un réseau de trafic d’organes était découvert en RDC, la justice disposerait de peu de moyens pour le sanctionner efficacement. De plus, il n’existe pas de registre officiel permettant de suivre les prélèvements et transplantations réalisés sur le territoire. Ce manque de transparence alimente tous les soupçons.
Des enquêtes menées par des organisations comme Human Rights Watch et Amnesty International ont mis en évidence les failles dans le système de santé en Afrique, notamment en RDC. Ces rapports soulignent que la RDC n’a pas mis en place un cadre légal et une surveillance suffisante pour prévenir ces pratiques, contrairement à d’autres pays qui, bien que confrontés à des défis similaires, ont instauré des réglementations plus strictes.
Briser l’omerta avant qu’il ne soit trop tard
Tant que la question du trafic d’organes restera un sujet tabou, elle continuera de se nourrir de rumeurs et de peurs. Mais si la RDC veut éviter d’être engloutie par ce marché clandestin, elle doit impérativement agir maintenant : renforcer sa législation, instaurer des mécanismes de contrôle rigoureux et ouvrir de véritables enquêtes sur les cas suspects.
Se contenter de nier ne suffit plus. Le silence ne protège personne, il couvre juste les ombres. Tant qu’aucune réponse claire ne sera apportée, une question hantera toujours les esprits : à qui profite vraiment ce mutisme ?
La Rédaction

