L’information a radicalement changé de visage au fil des années. Là où autrefois les grandes rédactions et les médias traditionnels régnaient, les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans la manière dont les gens s’informent. Que ce soit à travers des newsletters, des titres sur les plateformes sociales ou même des comptes dédiés sur TikTok, l’actualité se consomme désormais en un clin d’œil. Ce phénomène, qui touche une grande partie du public mondial, se trouve aussi amplifié dans de nombreuses régions, dont l’Afrique, où l’usage des réseaux sociaux explose.
Des études menées par des institutions comme Pew Research Center aux États-Unis montrent qu’une part considérable de la population, notamment les jeunes, s’informe désormais via des « influenceurs » des réseaux sociaux. En Afrique, l’essor des plateformes numériques a permis à ces figures d’accumuler des millions de vues, souvent au détriment de la véracité des informations qu’elles diffusent. Ce phénomène est d’autant plus préoccupant dans des régions où la désinformation peut avoir des répercussions graves sur la société, comme lors de crises politiques, sociales ou sanitaires.
Le Pew Research Center définit ces influenceurs comme des personnes ayant plus de 100 000 abonnés, qui partagent fréquemment des contenus d’actualité sur des plateformes comme Facebook, Instagram, TikTok, X et YouTube. Ces influenceurs deviennent des sources d’information primaires pour des millions de personnes, qu’ils soient basés aux États-Unis, en Europe ou sur le continent africain.
Certains de ces créateurs d’actualité sont des journalistes ou des anciens journalistes qui ont choisi de se tourner vers les réseaux sociaux pour interagir plus directement avec leur public. Mais dans beaucoup de cas, ces figures ne sont pas des professionnels du journalisme. À la place des reportages d’investigation et de l’analyse approfondie, les influenceurs se concentrent souvent sur des résumés rapides, des commentaires partisans et des analyses légères.
En Afrique, cette tendance prend une ampleur particulière. Des créateurs comme ceux de TikTok, Instagram ou YouTube attirent une audience massive, parfois au détriment de la rigueur nécessaire dans le traitement de l’information. Le phénomène est d’autant plus complexe sur un continent où l’accès à l’information reste un défi dans de nombreux pays, et où les réseaux sociaux peuvent devenir une véritable alternative aux médias traditionnels, parfois peu accessibles.
Cependant, cette popularité ne va pas sans risques. Une étude de l’Unesco a révélé que de nombreux influenceurs ne vérifient même pas les informations de base avant de les partager. Ce manque de rigueur est un problème majeur, en particulier lorsqu’il s’agit de sujets sensibles. En Afrique, où les fake news peuvent influencer l’opinion publique sur des sujets aussi importants que les élections ou les crises sanitaires, cette réalité prend une dimension encore plus inquiétante.
Les plateformes sociales, qui abritent ces influenceurs, deviennent des terrains de propagation rapide de fausses informations. À l’instar de ce qui se passe ailleurs dans le monde, la vérification des faits est souvent reléguée au second plan. De nombreux influenceurs, même s’ils bénéficient de la confiance de leurs abonnés grâce à une relation plus personnelle et authentique, ne prennent pas les mesures nécessaires pour garantir l’exactitude des informations qu’ils diffusent. À l’échelle mondiale, une proportion alarmante d’influenceurs dans l’actualité (77 % selon Pew) n’a aucune affiliation avec des médias traditionnels, ce qui accentue la méfiance quant à la qualité de l’information relayée.
Cette situation est particulièrement problématique en Afrique, où la véracité des informations peut affecter non seulement la stabilité politique, mais aussi la cohésion sociale. Par exemple, pendant les périodes électorales, des informations erronées ou manipulées peuvent déstabiliser des processus démocratiques fragiles. De même, la propagation de fausses informations sur les pandémies, comme la COVID-19, a montré l’ampleur des dangers liés à cette désinformation.
En outre, la concentration d’influenceurs issus de milieux homogènes pose un autre problème : la représentation biaisée de certaines opinions politiques ou sociales. En Afrique, où les contextes politiques sont parfois marqués par des clivages ethniques et idéologiques, cette homogénéité peut accentuer des fractures sociales. De nombreux créateurs sont porteurs d’opinions souvent polarisées, et cette tendance se reflète également dans la manière dont l’information est présentée sur les réseaux sociaux.
Avec l’explosion du contenu non vérifié, il devient de plus en plus difficile pour les consommateurs d’obtenir une information de qualité. Ryan Broderick, journaliste et créateur de la newsletter Garbage Day, soulignait que la surcharge d’informations finissait par créer une confusion générale, où l’on ne parvient plus à distinguer les faits des opinions, et où les récits complets sont souvent laissés de côté.
Face à cette situation, il devient impératif de soutenir les médias traditionnels et les rédactions locales, qui, même confrontés à des difficultés économiques et structurelles, demeurent les garants d’un journalisme rigoureux. Les influenceurs, aussi populaires et engageants soient-ils, ne peuvent remplacer la responsabilité professionnelle et la vérification systématique des informations qui caractérisent un véritable journalisme. En Afrique, où la circulation de l’information est cruciale pour la démocratie et la stabilité, il est d’autant plus important de rappeler cette distinction et de privilégier les sources fiables pour construire une société mieux informée.
La Rédaction

