La ville de Kigoma, un carrefour économique et culturel de la Tanzanie, se trouve aujourd’hui au cœur d’une crise de transport qui perturbe gravement l’économie locale et régionale. Connue pour sa position stratégique sur les rives du lac Tanganyika, cette ville de 2,5 millions d’habitants a été un point névralgique pour les échanges commerciaux entre la Tanzanie et ses voisins, notamment le Burundi, la République Démocratique du Congo et la Zambie.
Le lac Tanganyika a longtemps été une route maritime vitale pour les commerçants, avec des ferries comme le MV Liemba et le MV Mwongozo reliant les pays riverains. Cependant, la mise à l’arrêt de ces deux ferries depuis plusieurs années a plongé la région dans une période de crise. Les commerçants qui dépendaient de ces navires pour transporter des marchandises, comme les poissons, les textiles et les produits agricoles, se retrouvent désormais sans options fiables et abordables pour acheminer leurs biens.
Julie Mucco, une commerçante burundaise, témoigne de la difficulté accrue de son activité, auparavant florissante, de vente de khanga, un tissu en coton très prisé dans la région. Sans transport maritime fiable, son commerce est paralysé. De même, Shaaban Hamis Ally, un vendeur de poissons de Kigoma, subit une baisse drastique de ses ventes, limitées à un nombre restreint de clients qu’il peut atteindre par des routes de plus en plus dégradées.
La situation se complique davantage par l’état des routes et l’inadéquation des infrastructures terrestres. Le voyage par la route entre Kigoma et Bujumbura, bien que relativement court en distance, peut durer jusqu’à 13 heures, avec des conditions de transport précaires. Le seul bus assurant cette liaison est vétuste, et le passage à la frontière est entravé par des pratiques corrompues, où les voyageurs doivent payer une taxe informelle pour pouvoir continuer leur trajet.
Le MV Liemba, qui est en réparation depuis 2018, représente plus qu’un simple moyen de transport ; il est une bouée de sauvetage pour les communautés locales. Anciennement utilisé pendant la Première Guerre mondiale, le navire a longtemps été le pilier de l’économie du lac, reliant les ports et les villages qui n’avaient d’autre accès que par l’eau. Alors que les efforts pour réhabiliter le Liemba et le Mwongozo sont en cours, l’attente est longue, et les commerçants de Kigoma souffrent chaque jour davantage.
Cette crise des transports met en lumière l’interdépendance fragile des pays du bassin du lac Tanganyika, où des infrastructures de transport efficaces et abordables sont essentielles pour maintenir la cohésion économique et sociale. Le gouvernement tanzanien, en promettant des réformes, pourrait bien offrir un avenir plus prometteur à la ville et à ses voisins, mais cela nécessitera des investissements conséquents et une gestion efficace des infrastructures locales.
Ainsi, la survie économique de Kigoma et de ses voisins dépend de la mise en place d’un système de transport viable. Tant que les ferries ne reviendront pas sur le lac, les populations locales devront continuer à lutter pour faire face aux défis qui se posent chaque jour.
La Rédaction

