Au Liberia, la lutte pour la récupération des avoirs publics prend un nouveau tournant. La justice a ordonné à la Clar Hope Foundation, dirigée par l’ancienne Première dame Clar Marie Weah, de produire l’ensemble de ses documents administratifs et financiers liés à la construction de son vaste complexe situé à Marshall, dans le comté de Margibi. Cette décision marque une étape sensible dans l’offensive anticorruption engagée par l’administration du président Joseph Boakai.
La procédure a été initiée à la demande de l’Assets Recovery and Property Retrieval Task Force (AREPT), une structure gouvernementale chargée d’identifier et de récupérer les biens de l’État soupçonnés d’avoir été acquis ou utilisés de manière irrégulière sous les précédentes administrations. En ligne de mire : l’origine des fonds ayant servi à financer un complexe présenté comme privé, mais construit durant la période où Clar Weah exerçait une influence institutionnelle en tant que Première dame.
Une assignation judiciaire lourde d’enjeux
Le juge résident Roosevelt Z. Willie, siégeant à la Cour criminelle « A » de Monrovia, a émis une assignation à produire des pièces (subpoena duces tecum) obligeant la fondation à comparaître et à remettre les justificatifs relatifs aux sources de financement, aux dons reçus et aux dépenses engagées pour le projet immobilier.
La direction de la Clar Hope Foundation, par l’intermédiaire de son directeur général Jackson P. Gbarmie et de ses collaborateurs, devra fournir des documents détaillant l’origine des fonds, l’identité des donateurs, les montants versés, ainsi que les coordonnées des contributeurs. Le tribunal a prévenu que tout refus d’obtempérer pourrait entraîner des sanctions judiciaires.
Pour l’AREPT, l’objectif est clair : déterminer si des ressources publiques, des fonds d’origine illicite ou des contributions forcées ont servi à ériger ce complexe tentaculaire installé sur plusieurs hectares.
L’offensive anticorruption du gouvernement Boakai
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Joseph Boakai a fait de la récupération des biens publics une priorité politique et institutionnelle. L’AREPT a ainsi été mandatée pour examiner plusieurs dossiers impliquant d’anciens responsables de l’administration Weah, notamment autour de propriétés de grande valeur, de véhicules de luxe et de flux financiers suspects.
Le complexe de Marshall a retenu l’attention des enquêteurs en raison de son ampleur, de son coût estimé et de son calendrier de construction. Celui-ci a été réalisé alors que Clar Weah occupait la fonction de Première dame, dans un contexte où son statut public pouvait faciliter l’accès à des ressources ou à des soutiens institutionnels, même si la fondation se présente officiellement comme une organisation privée à vocation humanitaire.
Les investigations cherchent notamment à établir si des entreprises, des institutions publiques ou des acteurs économiques ont été soumis à des pressions pour contribuer financièrement au projet.
Une fondation entre humanitaire et controverses
La Clar Hope Foundation se définit comme une structure dédiée à la promotion des femmes, des enfants et du développement communautaire. Depuis son inauguration, le complexe de Marshall accueille des programmes sociaux, éducatifs et humanitaires.
Mais depuis plusieurs années, des voix critiques pointent un déficit de transparence dans le financement de la fondation. Sous l’ancien régime, certaines accusations faisaient état de « dons obligatoires » imposés à des entreprises cherchant à préserver leurs relations avec le pouvoir exécutif.
À ce stade, ni Clar Marie Weah ni les responsables de la fondation n’ont officiellement réagi à l’assignation judiciaire. Leur comparution est attendue pour permettre à la justice d’examiner la conformité des flux financiers ayant permis la construction du site.
Des répercussions politiques sensibles
Au-delà de l’aspect judiciaire, l’affaire s’inscrit dans un climat politique tendu. Les alliés de l’ancien président George Manneh Weah dénoncent une stratégie de justice sélective et une volonté de règlement de comptes politiques de la part du nouveau pouvoir.
Le gouvernement, de son côté, affirme que la procédure est strictement fondée sur le droit, les preuves et la nécessité de restaurer la confiance dans la gestion des ressources publiques. Pour l’exécutif, il s’agit moins d’un affrontement politique que d’un signal adressé aux élites : l’ère de l’impunité est appelée à se refermer.
La comparution de la Clar Hope Foundation devant la Cour criminelle « A » constitue ainsi un test important pour la crédibilité de la politique de gouvernance et de transparence voulue par l’administration Boakai, dans un pays encore marqué par de profondes attentes en matière de justice économique.
La Rédaction

