Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les violences sexuelles atteignent des niveaux alarmants, en particulier dans les camps de déplacés de la province du Nord-Kivu. L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a révélé avoir assisté plus de 23 000 victimes de ces violences en 2023, un chiffre qualifié d' »inédit » par l’ONG. Les femmes, fuyant les combats entre l’armée congolaise et les rebelles du M23, se trouvent en première ligne de cette tragédie.
Les combats entre les forces armées congolaises et le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, ont poussé près de huit millions de personnes à fuir leurs foyers, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Beaucoup de ces personnes déplacées ont cherché refuge aux abords de Goma, la capitale du Nord-Kivu, où les femmes deviennent des cibles vulnérables face à des abus sexuels croissants.
Un phénomène en expansion
Selon Christopher Mambula, responsable des programmes MSF en RDC, la situation s’est rapidement détériorée depuis que le M23 a progressé dans la région de Goma. Il souligne que 70 % des auteurs de viols sont des hommes armés issus des deux camps en conflit. Les chiffres rapportés par MSF ne représentent cependant qu’une fraction des victimes réelles, de nombreuses femmes n’étant pas recensées dans les soins prodigués.
Parmi les femmes déplacées vivant dans des camps improvisés, une sur dix a déclaré avoir été victime de violences sexuelles. Bintou Keïta, à la tête de la mission des Nations unies en RDC (Monusco), a exprimé son inquiétude devant le Conseil de sécurité, décrivant ce phénomène comme un « fléau ». Elle a souligné que le nombre de victimes traitées par les organisations humanitaires a atteint un niveau record en 2024, avec une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente.
Des crimes de guerre impunis
Des organisations telles que Human Rights Watch (HRW) dénoncent les crimes de guerre perpétrés par toutes les factions, souvent en toute impunité. Clémentine de Montjoye, chercheuse pour HRW, a mis en lumière l’encerclement de Goma par les forces rwandaises et le M23, exposant les civils et les déplacés à des bombardements aveugles. Un récent tir d’artillerie a tué 17 personnes, dont 15 enfants, dans un camp de déplacés. De plus, les milices alliées aux forces congolaises sont accusées de violences massives, notamment des viols et des exécutions sommaires.
Conditions de vie précaires
Outre les violences, les déplacés du Nord-Kivu sont confrontés à des conditions de vie inhumaines. Christopher Mambula décrit un quotidien marqué par le manque de nourriture, de soins médicaux et des infrastructures déplorables. Dans certains camps, une seule latrine est partagée entre 200 personnes, aggravant les risques de propagation de maladies comme le choléra ou le paludisme. MSF appelle à une meilleure coordination des efforts humanitaires et à un financement accru pour répondre aux besoins urgents, alors que le plan de réponse pour la RDC n’est financé qu’à 37 %
La Rédaction

