Le ciel africain est en pleine recomposition. Tandis que Royal Air Maroc (RAM) renforce ses ambitions continentales avec une stratégie d’expansion tous azimuts, Air Algérie amorce une transformation plus discrète, freinée par les turbulences diplomatiques mais portée par une volonté de modernisation affirmée.
Casablanca prend de l’altitude
Royal Air Maroc n’avance plus à pas feutrés. La compagnie marocaine, soutenue par l’État, déploie une stratégie offensive : plus de 6,6 millions de sièges sont proposés à l’été 2025 vers 95 destinations, soit une croissance de 12 % par rapport à l’année précédente. Le cap est clair : faire de Casablanca un hub incontournable reliant l’Afrique à l’Europe, aux Amériques et à l’Asie.
Pour soutenir cette ambition, la RAM étoffe sa flotte. Des négociations sont en cours avec Boeing et Airbus pour renforcer ses capacités, avec des appareils adaptés aux vols courts, moyens et longs courriers. Objectif annoncé : quadrupler le nombre d’avions pour atteindre 200 appareils dans les dix prochaines années. La stratégie « Dream Africa » — adossée à son intégration dans l’alliance Oneworld — renforce encore sa position dans le ciel africain.
Air Algérie à la croisée des vents
Moins spectaculaire mais significative, la réorientation d’Air Algérie traduit un effort de transformation. Avec une commande de seize nouveaux appareils — dont des Airbus A330-900neo et des Boeing 737 MAX — la compagnie nationale tente de renouveler sa flotte vieillissante et de rationaliser ses opérations. À partir de juillet 2025, un nouvel avion est attendu tous les trois mois.
Mais la relance d’Air Algérie est soumise à des vents contraires. Sur plusieurs liaisons africaines, les faibles taux de remplissage conduisent à des réductions de fréquence. Les lignes vers le Burkina Faso ou le Niger, par exemple, peinent à trouver leur rentabilité. Et si Alger entend se positionner comme plateforme de correspondance vers l’Afrique, la route est semée d’embûches : image ternie, concurrence féroce et isolement diplomatique.
Un duel déséquilibré
La comparaison entre les deux compagnies reste inégale. Royal Air Maroc dispose d’un meilleur ancrage financier, d’une image plus moderne et d’un réseau déjà dense en Afrique subsaharienne. Elle a aussi su tirer parti des grandes compétitions internationales comme la CAN 2025, en obtenant un accord inédit avec la CAF garantissant l’accès à l’espace aérien, même en cas de crise régionale.
Air Algérie, de son côté, paie le prix d’années d’immobilisme. Sa politique de redéploiement, bien que volontariste, reste contrainte par une image à redorer et une géopolitique défavorable, notamment les tensions persistantes avec le Maroc. Toutefois, sa volonté de modernisation et d’ouverture vers l’Afrique du Sud ou la Mauritanie marque un virage stratégique qui pourrait, à terme, rééquilibrer la dynamique maghrébine.
Un continent très convoité
Le ciel africain est aujourd’hui une terre de compétition. Des compagnies comme Ethiopian Airlines, Egyptair ou RwandAir se disputent parts de marché et routes stratégiques. Le soutien des puissances du Golfe et l’irruption d’acteurs asiatiques ajoutent encore à cette course régionale.
Dans cette configuration mouvante, Royal Air Maroc affirme son statut de leader africain en plein essor. Air Algérie, elle, amorce un virage encore fragile mais décisif. Deux trajectoires, deux visions, pour un continent où l’aviation civile reste l’un des piliers du développement et de l’intégration régionale.
La Rédaction

