L’idée qu’un président américain puisse véritablement servir les intérêts de l’Afrique relève du mythe. Aucun chef d’État des États-Unis n’a jamais été “bon pour l’Afrique”, mais certains – à l’image de Donald Trump – peuvent aggraver une situation déjà précaire. Dans la stratégie géopolitique américaine, l’Afrique est avant tout un débouché pour les surplus militaires et agricoles ou un terrain de jeu pour des tensions internationales délocalisées, loin du regard du public américain.
Les visites présidentielles américaines en Afrique sont rares, et souvent symboliques. La dernière remonte à 2016, marquant un certain désintérêt, puisqu’elles surviennent généralement en fin de mandat. Dans un monde où les rivalités économiques et militaires s’intensifient, l’Afrique est rarement plus qu’une note de bas de page.
Le retour de Trump pourrait empirer cette situation. Dans un contexte où les leaderships africains sont parfois fragiles, la réélection de Trump pose un risque majeur. Idéalement, les pays africains devraient jouir d’une pleine liberté. À défaut, ils prospèrent mieux avec un leadership interne fort et stable, et un intérêt géopolitique limité aux yeux des grandes puissances. Le pire scénario ? Devenir un point de fixation stratégique, sans institutions démocratiques solides pour équilibrer le pouvoir, ouvrant ainsi la voie à des ingérences étrangères qui privilégient la stabilité autocratique ou, pire, permettent l’afflux d’armes alimentant des conflits meurtriers, à l’image du drame soudanais.
L’histoire est un rappel brutal : la guerre froide n’a jamais été “froide” en Afrique, avec des millions de vies perdues. Un Trump réélu, lui qui avait été retenu d’une guerre nucléaire avec l’Iran seulement grâce à la vigilance de ses généraux, pourrait ouvrir la voie à de nouveaux drames sur le continent africain.
Kamala Harris ne représente certes pas une promesse d’ère nouvelle pour l’Afrique, mais l’enjeu n’a jamais été de savoir qui serait “meilleur” pour le continent. La véritable question pour les Africains est de déterminer autour de quelle figure nous pourrions mieux nous organiser pour défendre nos propres intérêts.
La Rédaction

