À Rome, Giorgia Meloni multiplie les annonces. Mais en Tunisie comme ailleurs, le Plan Mattei peine à convaincre. Entre promesses floues et concurrence européenne, le partenariat Italie-Afrique reste fragile.
Lancée en grande pompe en 2023, la stratégie italienne baptisée « Plan Mattei » devait marquer un tournant dans les relations entre Rome et les pays africains. Inspirée du nom du fondateur du géant énergétique ENI, cette initiative entendait rééquilibrer les rapports Nord-Sud par une coopération « gagnant-gagnant ». Deux ans plus tard, l’enthousiasme semble retombé, particulièrement en Tunisie, théâtre d’un partenariat présenté comme pilote.
Le 20 juin à Rome, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a réaffirmé son engagement en faveur du continent africain, lors d’un sommet où se mêlaient rhétorique solennelle et slogans creux. Aux côtés du Global Gateway, le grand projet européen d’infrastructures, le Plan Mattei devait offrir une « alternative européenne » aux ambitions chinoises et russes. Mais sur le terrain, les promesses tardent à se traduire en actes.
Une coopération sans colonne vertébrale
En Tunisie, les autorités observent avec circonspection les multiples annonces italiennes. Si des fonds ont bien été débloqués pour renforcer la lutte contre les départs irréguliers de migrants, les volets économiques et éducatifs du Plan Mattei restent largement théoriques. Le nouveau pilier présenté à Rome, centré sur la formation professionnelle, n’échappe pas à cette impression d’improvisation. Aucun calendrier clair, peu de précisions sur les bénéficiaires, et une articulation floue avec les dispositifs européens déjà en place.
« Il y a une vraie volonté italienne, mais on sent un manque de coordination stratégique », commente un diplomate européen en poste à Tunis. La Tunisie, fragilisée par une crise économique persistante, attend davantage qu’un catalogue de promesses. Elle espérait un accompagnement réel dans la relance de ses secteurs productifs, notamment agricoles et industriels. Or, le Plan Mattei reste perçu comme un outil de gestion migratoire, maquillé en coopération sud-nord.
Le piège du double discours
C’est là que réside le principal paradoxe du Plan Mattei : il prétend répondre aux attentes africaines tout en poursuivant des intérêts européens à court terme. En plaçant la lutte contre la migration au cœur du partenariat, l’Italie donne l’impression que l’Afrique n’est qu’un sas de sécurité à contenir.
Le Global Gateway de l’Union européenne, censé compléter le dispositif, ajoute à la confusion. Là où Bruxelles mise sur de grands projets d’infrastructure, Rome veut multiplier les micro-actions locales. Résultat : une dispersion des moyens, doublée d’une compétition implicite entre partenaires européens. Et une Tunisie qui observe, sans y croire vraiment.
Entre mémoire et malentendus
Ironie du sort, le Plan Mattei invoque la mémoire d’Enrico Mattei, homme d’affaires visionnaire qui rêvait d’un partenariat égalitaire avec les nations émergentes. Mais la réalité contemporaine semble trahir cette ambition. Là où Mattei s’adressait aux peuples, les dirigeants actuels parlent de flux migratoires, de stabilisation, d’efficience budgétaire.
Dans les capitales africaines, la rhétorique ne suffit plus. Face aux attentes concrètes de développement, d’emplois, d’autonomie, le Plan Mattei souffre d’un déficit de crédibilité. En Tunisie, la jeunesse attend des emplois ; pas des discours. Et c’est probablement là, dans cette fracture entre communication et réalité, que le projet italien risque de s’éteindre avant même d’avoir vraiment commencé.
La Rédaction

