Alors que Donald Trump promet le « plus grand programme d’expulsions massives de l’histoire », les répercussions économiques d’une telle politique suscitent une inquiétude croissante. Derrière les démonstrations de force, un pays entier pourrait vaciller dans des secteurs clés.
Une politique de fermeté assumée
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a placé la lutte contre l’immigration clandestine au cœur de son programme. Des rafles organisées par la police fédérale de l’immigration (ICE) ont été menées à travers le pays, souvent sur les lieux de travail. À Los Angeles, où la contestation a été la plus vive, 4 000 gardes nationaux et 700 marines ont été mobilisés, malgré l’opposition du gouverneur de Californie.
Trump ne compte pas s’arrêter là : de nouvelles opérations sont annoncées à Chicago, New York et Los Angeles, villes qu’il qualifie de bastions de « démocrates d’extrême gauche à l’esprit malade ».
Le coût économique d’une déportation massive
Selon une note de Goldman Sachs, une diminution de l’immigration ferait chuter la croissance du PIB américain de 30 à 40 points de base. Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, confirme : « Sur tous les tableaux, les déportations de masses nuiraient à l’économie américaine ».
Pourquoi ? Parce que les immigrés, même illégaux, participent activement à la vie économique. Ils consomment, travaillent, paient des impôts. Leur absence créerait des déséquilibres dans des secteurs déjà fragilisés.
Des secteurs sous tension sans la main-d’œuvre immigrée
Les immigrés sans papiers représentent 4 à 5 % de la main-d’œuvre américaine totale, mais jusqu’à 20 % dans l’agriculture, l’agroalimentaire et la construction. Le Wall Street Journal rapporte les alertes lancées par des chefs d’entreprise, notamment dans les fermes et les usines. « De graves perturbations de notre approvisionnement alimentaire seraient préjudiciables aux Américains », a averti Brooke Rollins, secrétaire à l’Agriculture.
Le secteur du bâtiment, par exemple, accuse un manque criant de 500 000 travailleurs. La suppression brutale de cette main-d’œuvre entraînerait pénuries, hausses de prix et ralentissements de production.
Des expulsions qui coûtent plus qu’elles ne rapportent
Chaque expulsion coûte 17 121 dollars à l’État fédéral, selon le ministère de la Sécurité intérieure. Et cela sans compter les 46 milliards alloués au mur frontalier et les 70 milliards prévus pour la sécurité aux frontières. À long terme, cette politique coûte plus cher qu’une régularisation administrative, selon plusieurs analystes.
Un débat idéologique masquant une réalité économique
Les détracteurs de l’immigration illégale avancent souvent que les immigrés « volent les emplois » des Américains. Pourtant, selon le Migration Policy Institute, ils occupent surtout les extrémités du spectre éducatif : des emplois très qualifiés ou très pénibles, délaissés par les citoyens américains.
Romuald Sciora pointe l’hypocrisie du système : « Si on les régularisait, ils pourraient réclamer des salaires décents. Mais cela ne plaît pas aux entreprises. Voilà pourquoi rien ne change depuis quarante ans. »
Vers une fermeture croissante des frontières
En plus des expulsions, Trump prévoit d’étendre l’interdiction d’entrée à 36 pays, contre 20 actuellement. Ce durcissement concernerait à terme 18 % de la population mondiale. Une logique d’isolement assumée, mais aux effets potentiellement destructeurs.
La promesse de Trump d’éradiquer l’immigration clandestine séduit une partie de l’électorat conservateur. Mais cette politique de fermeté, loin de renforcer l’Amérique, risque au contraire d’en fragiliser les fondements économiques. Les expulsions massives, au-delà de leur coût humain, pourraient faire vaciller des secteurs entiers et peser lourdement sur la croissance nationale.
La Rédaction

