Le leader de l’opposition tchadienne, Succès Masra, a entamé une grève de la faim depuis sa cellule, mardi 24 juin 2025. Dans une lettre manuscrite rendue publique par son parti, Les Transformateurs, l’ancien Premier ministre dénonce une détention injustifiée et appelle ses militants à rester mobilisés.
« Dès ce soir, en solidarité avec vous tous et en protestation pour les injustices imméritées, j’entre en grève de la faim », écrit-il.
Arrêté le 16 mai 2025, quelques jours après les résultats de l’élection présidentielle qu’il conteste, Masra est accusé par la justice tchadienne de complicité d’assassinats, de bandes armées, d’incendie volontaire, mais aussi de profanation de sépultures. Une série de chefs d’accusation que ses avocats qualifient d’infondés et politiquement motivés.
La grève de la faim intervient dans un contexte tendu. Le 14 mai, un massacre a eu lieu dans le village de Mandakao, dans le Logone-Occidental (sud-ouest), faisant 42 morts, majoritairement des femmes et des enfants, selon le parquet. Le ministère public accuse Masra d’avoir incité à la violence à travers un message audio, attribué à lui et remontant à 2023, dans lequel il appelle ses partisans à apprendre à se servir d’armes à feu, sans distinction de sexe.
Mais pour sa défense, ce message avait déjà conduit à un mandat d’arrêt international levé le 2 novembre 2023, après abandon des poursuites. Selon Me Francis Kadjilembaye, coordinateur du collectif des avocats, « cette affaire est politiquement instrumentalisée depuis le départ ».
Le 19 juin, une demande de libération provisoire a été rejetée par la chambre d’accusation, renforçant le sentiment d’acharnement parmi ses soutiens. Son avocat basé à Paris, Me Vincent Brengarth, affirme avoir saisi le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ainsi que la sous-commission des droits de l’homme du Parlement européen :
« Il est urgent que cette détention cesse, en même temps que cette procédure injustifiée. »
Succès Masra, originaire du sud chrétien et membre de l’ethnie ngambaye, bénéficie d’une forte assise populaire dans les régions du sud, où les populations se disent historiquement marginalisées par le pouvoir central, dominé par l’élite politico-militaire musulmane du nord.
Son combat, désormais mené depuis l’isolement d’une cellule, redonne une dimension symbolique à la fracture politique tchadienne. Alors que le pays peine à tourner la page de la transition post-Déby, l’arrestation et le silence imposé à l’un de ses principaux opposants risquent d’enraciner encore davantage la défiance et le clivage régional.
La Rédaction

