À l’ouverture de la huitième session du Parlement fédéral, le président Hassan Cheikh Mohamoud a défendu les progrès enregistrés contre les shebab et réaffirmé son ambition d’organiser des élections directes. Cette démonstration de confiance intervient au moment où Mogadiscio resserre sa coopération militaire avec Washington, signe que l’affaiblissement durable de l’insurrection dépend encore largement de soutiens extérieurs.
Mogadiscio — En ouvrant samedi la nouvelle session du Parlement fédéral devant les deux chambres réunies, Hassan Cheikh Mohamoud a voulu présenter l’image d’un État somalien engagé simultanément sur deux fronts : la reconquête sécuritaire et la consolidation institutionnelle. La reprise des travaux parlementaires était programmée pour le 1er août, dans un contexte politique chargé et marqué par plusieurs dossiers sensibles pour l’avenir des institutions fédérales.
Le chef de l’État a salué l’action des parlementaires dans l’adoption des lois, le contrôle des administrations et le renforcement de la responsabilité publique. Mais le cœur de son intervention a porté sur la lutte contre les shebab, qualifiés de « Khawarij » par les autorités somaliennes afin de leur contester toute légitimité religieuse.
Des succès revendiqués face à une insurrection résiliente
Hassan Cheikh Mohamoud a évoqué des « avancées tangibles » obtenues par l’armée nationale, appuyée par les populations locales. Depuis plusieurs années, le gouvernement cherche à reprendre aux shebab les territoires ruraux depuis lesquels le groupe prépare ses attaques, collecte des taxes et maintient une administration parallèle.
Le discours présidentiel traduit la volonté de montrer que l’initiative appartient désormais aux forces fédérales. Il ne suffit toutefois pas de reprendre des localités : encore faut-il les sécuriser, y rétablir des services publics et empêcher les combattants de se replier avant de revenir. L’expérience des offensives précédentes a montré la capacité des shebab à abandonner provisoirement un territoire, puis à exploiter les faiblesses logistiques et les divisions locales.
Le mouvement affilié à Al-Qaïda demeure ainsi capable de mener des attentats, de frapper des positions militaires et de peser sur les activités économiques. La guerre ne se joue donc pas seulement sur la ligne de front, mais aussi dans la durée, à travers le renseignement, l’administration des zones reconquises et la confiance accordée à l’État par les communautés.
Washington reste indispensable au dispositif sécuritaire
Deux jours avant son discours au Parlement, le président somalien avait reçu à Mogadiscio le commandant de l’AFRICOM, le général Dagvin R. M. Anderson. Selon la présidence, les discussions ont porté sur l’intensification des opérations antiterroristes, la formation des forces nationales et le soutien américain aux efforts de stabilisation.
La coopération entre les deux pays repose notamment sur le partage de renseignements, l’assistance aux unités somaliennes et les frappes visant les responsables ou les positions des groupes jihadistes. Lors de précédents échanges à Mogadiscio, l’AFRICOM avait déjà réaffirmé son soutien aux forces somaliennes et à la mission africaine déployée dans le pays.
L’appui américain concerne principalement les shebab, mais aussi la branche somalienne de l’organisation État islamique, implantée dans les zones montagneuses du Puntland. Les forces spéciales Danab, considérées comme l’une des unités les plus opérationnelles de l’armée somalienne, occupent une place centrale dans ce partenariat.
Cette dépendance constitue toutefois l’un des paradoxes de la stratégie gouvernementale. Mogadiscio veut démontrer la montée en puissance de son armée, tout en continuant de s’appuyer sur les capacités aériennes, technologiques et financières de ses partenaires.
La démocratie comme second front de stabilisation
Le président a également réaffirmé son engagement en faveur d’élections directes, censées remplacer progressivement le système indirect fondé sur les équilibres claniques. Pour les autorités, le suffrage universel doit renforcer la légitimité des institutions et élargir la participation citoyenne.
La réforme reste pourtant politiquement délicate. Elle exige un accord sur les règles électorales, la répartition des pouvoirs entre Mogadiscio et les États fédérés, ainsi qu’un niveau de sécurité permettant l’organisation du vote dans un territoire encore largement exposé aux violences.
En associant sécurité et démocratisation dans son discours, Hassan Cheikh Mohamoud présente les deux processus comme indissociables. L’armée peut reprendre des territoires, mais seule une administration reconnue, capable de rendre des services et d’intégrer les équilibres locaux, peut durablement les soustraire à l’influence des shebab.
Des progrès à convertir en contrôle durable
L’ouverture de la session parlementaire a offert au président une tribune pour afficher la cohérence de son projet : renforcer l’armée, consolider les institutions et rapprocher le pays d’un système électoral direct. Mais la portée de ces annonces dépendra de leur traduction sur le terrain.
La Somalie n’est plus dans la même situation qu’au plus fort de l’effondrement étatique. Elle dispose d’institutions fédérales, de forces nationales mieux structurées et de partenaires militaires engagés. Elle reste néanmoins confrontée à une insurrection qui sait exploiter chaque vide administratif, chaque rivalité politique et chaque recul de la présence publique.
Les succès militaires salués à Mogadiscio ne prendront donc tout leur sens que s’ils permettent à l’État de s’installer durablement là où les shebab auront été repoussés. Dans cette guerre, conquérir un territoire est une victoire ; réussir à le gouverner demeure l’épreuve décisive.
La Rédaction

