L’exploitation du zircon par la société Grande Côte Opérations (GCO) sur la côte atlantique sénégalaise est au cœur d’un conflit croissant avec les populations locales. Détenue à 90 % par le groupe français Eramet et à 10 % par l’État sénégalais, cette entreprise est accusée de priver les agriculteurs de leurs terres et de verser des compensations jugées dérisoires.
Une mine qui bouleverse la vie des maraîchers
Dans la zone concernée, la grogne monte. Une récente manifestation a réuni une quarantaine d’habitants bloquant l’accès à la mine pour dénoncer les pertes agricoles. Parmi eux, Ibrahima Ba, maraîcher, déplore : « Sans cette mine, nous serions dans nos champs. C’est notre seule source de revenu, mais aujourd’hui, cela est impossible. »
La méthode d’extraction employée par la mine, qui filtre le sable sur une profondeur de 10 à 15 mètres pour extraire le zircon, a un impact direct sur les terres agricoles. Elle entraîne l’assèchement des sols et consomme une importante quantité d’eau. En outre, les terrains sont rachetés par l’entreprise, souvent à des prix insuffisants selon les habitants.
Des compensations et des promesses non tenues
Samba Sene, porte-parole d’un collectif de jeunes, estime que les indemnisations ne reflètent pas la valeur réelle des terres. « Mon père a été payé trois millions de francs CFA (environ 4 600 euros) pour cinq hectares. C’est loin d’être suffisant, » déclare-t-il.
Au-delà des pertes agricoles, les habitants dénoncent également le manque d’opportunités pour la jeunesse locale. GCO, qui emploie 2 000 personnes, recrute peu dans la région, laissant de nombreux agriculteurs sans alternative. Djibril Ba, un autre maraîcher impacté, est amer : « Ils avaient promis de nous restituer nos champs après leur passage. Cela n’a jamais été fait. »
Un appel à suspendre l’exploitation
Dans un communiqué publié le 9 janvier, GCO réfute ces accusations. L’entreprise affirme avoir restitué 85 hectares sur les 3 000 exploités et revendique son rôle de cinquième contributeur au budget national.
Malgré ces justifications, les critiques s’intensifient. Soutenus par des élus locaux et des membres de la société civile, les habitants demandent un moratoire sur l’exploitation minière. Ils exigent une évaluation des impacts environnementaux et économiques sur une région qui fournit 80 % des légumes du Sénégal.
Ce bras de fer entre les intérêts industriels et les moyens de subsistance des populations rurales met en lumière les défis de concilier développement économique et justice sociale.
La Rédaction

