“Désormais, vous passerez à la caisse.” Par cette formule directe, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a acté un tournant dans la régulation de l’économie numérique du pays. Lors de la présentation du plan de redressement économique et social Jubbanti Koom, le 1er août 2025, il a annoncé que les influenceurs seront désormais soumis à l’impôt.
Une fiscalité en phase avec les réalités numériques
Le gouvernement sénégalais entend instaurer un cadre fiscal adapté aux nouvelles formes de revenus générés sur internet. Jusqu’ici, les influenceurs évoluaient en dehors du système fiscal classique. Grâce aux contenus sponsorisés, partenariats commerciaux et placements de produits, nombre d’entre eux ont bâti de véritables empires numériques, sans obligation de déclaration de revenus. Cette époque semble désormais révolue.
Le Premier ministre a précisé que cette fiscalisation vise à élargir l’assiette fiscale et à renforcer les ressources de l’État. « Il n’est plus question que ces activités restent en marge », a-t-il martelé.
Vers une régularisation d’un secteur en pleine expansion
Le projet ne se limite pas à une simple collecte d’impôts : il s’agit également de structurer un secteur en plein essor, tout en garantissant une meilleure équité fiscale. L’absence de cadre clair créait jusqu’ici un vide juridique, pénalisant à la fois l’État et les professionnels du secteur numérique en quête de légitimité.
Avec cette annonce, le Sénégal suit la voie de nombreux pays qui, face à la montée en puissance des influenceurs, ont décidé d’intégrer ces acteurs dans le giron fiscal.
Et ailleurs dans le monde ?
La fiscalisation des influenceurs n’est pas une exception sénégalaise : partout dans le monde, les États cherchent à capter les revenus issus des réseaux sociaux.
En Europe
• France : les revenus tirés des partenariats, publicités et produits offerts sont imposables. L’administration fiscale mène régulièrement des contrôles.
• Allemagne, Italie, Espagne : les influenceurs doivent déclarer tous les revenus générés en ligne. Le non-respect entraîne des sanctions.
En Amérique du Nord
• États-Unis : l’IRS considère les influenceurs comme des indépendants. Les dons, produits offerts et revenus sponsorisés sont taxés.
• Canada : toute activité commerciale, y compris sur TikTok ou Instagram, doit être déclarée.
En Afrique
• Maroc : plusieurs influenceurs ont été convoqués par le fisc dès 2022 pour régulariser leur situation.
• Côte d’Ivoire, Cameroun, Bénin : des projets similaires sont à l’étude.
• Nigeria : les autorités envisagent la fiscalisation, en suivant l’activité des influenceurs via les plateformes numériques.
En Asie
• Inde : depuis 2022, les produits offerts à des influenceurs sont taxés, sauf s’ils sont rendus.
• Chine : le gouvernement a lancé des campagnes de contrôle fiscal contre les stars du web, certaines ayant été lourdement condamnées.
Le cas du Togo : en attente d’un cadre fiscal pour les influenceurs
Contrairement au Sénégal, le Togo n’impose pas encore directement les influenceurs. Toutefois, l’environnement fiscal évolue. Depuis 2021, la TVA est appliquée sur les publicités en ligne, et les plateformes numériques étrangères ou locales sont soumises à l’impôt sur les sociétés si elles réalisent des activités commerciales sur le territoire.
En revanche, aucune disposition fiscale spécifique ne s’applique encore aux créateurs de contenus indépendants ou aux influenceurs en tant que personnes physiques. Ce flou juridique rend difficile la taxation directe de leurs revenus, souvent perçus via des plateformes internationales.
L’absence de cadre adapté s’explique en partie par la difficulté à tracer les revenus numériques et par le manque de structuration du secteur. Néanmoins, à mesure que le numérique prend de l’ampleur dans l’économie togolaise, cette situation pourrait évoluer.
Tableau comparatif rapide
| Pays | Fiscalisation des influenceurs | Notes principales |
| Sénégal | Oui – cadre en cours d’instauration | Influenceurs obligés de déclarer leurs revenus |
| Togo | Non (actuellement) | TVA sur pubs digitales, IS sur plateformes ; absence de taxe spécifique pour personnes physiques |
| Afrique (général) | En développement mais encore fragmentée | Traçabilité difficile, majorité des pays sans encadrement spécifique |
Avec cette réforme, le Sénégal entre dans une nouvelle ère fiscale, où les revenus digitaux sont considérés comme une source à part entière de financement public. L’économie de l’influence, florissante et en constante mutation, ne peut plus rester en marge du système.
Le cas du Togo, en revanche, illustre le retard réglementaire qui persiste dans de nombreux pays africains. Mais ce n’est sans doute qu’une question de temps avant que la fiscalité numérique ne s’impose de façon plus systématique sur l’ensemble du continent.
La Rédaction

