Dans de nombreuses villes africaines, il suffit encore d’une radio posée sur un comptoir de boutique, d’un poste grésillant dans un taxi ou d’un petit appareil allumé dans une cuisine pour que l’actualité circule. Loin des écrans et des connexions instables, ce média ancien continue de rythmer le quotidien de millions de personnes.
C’est précisément cette persistance que confirme une étude Afrobaromètre menée entre 2024 et 2025 dans 38 pays africains, qui met en évidence une évolution contrastée des pratiques d’information sur le continent.
Une baisse mesurée, mais une stabilité globale de l’information
Selon le rapport, l’audience de la radio a reculé d’environ dix points en dix ans. Pourtant, cette baisse ne s’accompagne pas d’un bouleversement global des habitudes d’information.
La proportion de citoyens suivant régulièrement l’actualité reste presque inchangée sur la période : 64 % en 2015 contre 65 % en 2025. Autrement dit, les supports changent, mais le niveau global d’accès à l’information reste stable.
Un média ancré dans le quotidien
Pour Francisco Napo Koura, journaliste et enseignant à l’Institut des sciences de l’information de l’Université de Lomé, cette résilience s’explique par la nature même de la radio.
Elle est simple d’accès, peu coûteuse et adaptée aux réalités locales, notamment à travers l’usage des langues nationales et des contenus proches des préoccupations quotidiennes des populations.
L’âge, facteur clé des habitudes médiatiques
Les données montrent également une forte différence générationnelle dans la consommation des médias.
Hervé Akinocho, directeur du Centre de Recherche et de Sondages d’Opinion (CROP) à Lomé, souligne que la radio reste dominante chez les populations les plus âgées, pour qui elle constitue encore le premier réflexe d’information.
Le numérique progresse, mais de manière inégale
Dans le même temps, les réseaux sociaux ont connu une progression rapide, passant d’environ 24 % à 50 % d’audience en dix ans.
Mais cette croissance reste freinée par plusieurs obstacles structurels : coût élevé de la connexion Internet, couverture réseau inégale et barrières linguistiques dans certaines zones.
Une transition encore hybride
Plutôt qu’un remplacement, les usages montrent une superposition des supports. Une part importante des citoyens combine désormais radio et réseaux sociaux pour s’informer.
Selon les données, près de 60 % des auditeurs radio utilisent également les plateformes numériques, signe d’une transition progressive plutôt que d’un basculement net.
Une stabilité plus qu’une rupture
Au final, la radio ne domine plus comme autrefois, mais elle ne disparaît pas non plus. Elle reste un pilier de l’information en Afrique, notamment là où le numérique n’a pas encore totalement pris le relais.
La Rédaction

