Annoncée en grande pompe, reportée à plusieurs reprises, la Banque africaine de l’énergie (BAE) peine à sortir de l’ombre. Soutenue par l’Organisation des producteurs africains de pétrole (Appo) et Afreximbank, l’institution devait incarner une alternative souveraine face aux bailleurs internationaux frileux vis-à-vis des investissements fossiles. Mais à quelques mois de la date prévue pour son lancement – juin 2025 – le doute persiste.
Des ambitions contrariées par la réalité
Initialement prévue pour janvier 2024, puis repoussée à janvier 2025, la BAE a encore vu son démarrage reporté. Un cadre de l’Appo admet désormais qu’« annoncer une nouvelle date n’est plus crédible ». En cause : le manque d’engagement concret des États membres, des tensions internes sur le choix du siège de la future institution, et un contexte financier peu favorable.
Depuis son annonce, la BAE avait pour ambition de financer des projets énergétiques africains en échappant aux conditionnalités imposées par les institutions occidentales. Le slogan « L’Afrique d’abord », martelé par le secrétaire général de l’Appo, Dr Omar Farouk Ibrahim, à la Conférence de l’ARDA au Cap, traduit cette volonté de souveraineté. Mais entre volonté politique affichée et contributions financières effectives, l’écart reste profond.
Désaccords et immobilisme
L’un des principaux freins réside dans la bataille autour de la localisation du siège. L’Appo, composée de pays aux intérêts parfois divergents, n’a toujours pas tranché. En parallèle, les apports en capital promis peinent à se concrétiser. Plusieurs États membres rechignent à débloquer des fonds ou préfèrent attendre des signaux clairs avant de s’engager pleinement.
Ce climat de méfiance entretient un statu quo paralysant. L’ambition de la BAE de devenir un outil stratégique pour financer aussi bien les énergies fossiles que la transition énergétique africaine reste théorique.
Un projet toujours vivant ?
Malgré les retards, le projet n’est pas enterré. Le discours volontariste des dirigeants de l’Appo et d’Afreximbank continue de porter l’idée d’une banque africaine souveraine pour l’énergie. Mais sans consensus politique, ni engagements financiers fermes, la BAE pourrait bien rester une coquille vide, symbole d’une intégration énergétique continentale encore à bâtir.
La Rédaction

