À Séville, Alger promet un milliard de dollars d’aide aux pays africains, en pleine bataille d’influence sur le dossier sahraoui
L’Algérie joue une nouvelle carte dans la guerre d’influence qui l’oppose au Maroc sur la scène africaine. Depuis Séville, le 1er juillet 2025, à l’occasion de la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4), le Premier ministre algérien Nadir Larbaoui a annoncé une contribution de 1 milliard de dollars pour financer des projets de développement en Afrique. Ce montant sera confié à l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement.
Officiellement, ce geste s’inscrit dans une logique de solidarité panafricaine. En réalité, il s’agit d’un acte politique ciblé, dans un contexte de recul diplomatique de la RASD (République arabe sahraouie démocratique), soutenue par Alger. De plus en plus de pays africains suspendent leur reconnaissance de la RASD, pour se rallier à la position marocaine sur le Sahara occidental.
Une réponse directe aux avancées du Maroc
Le Ghana a récemment retiré sa reconnaissance de la RASD. En mai 2025, le Kenya a réitéré son soutien à la solution d’autonomie proposée par Rabat, la qualifiant de « seule option crédible et réaliste » pour résoudre ce différend territorial. D’autres capitales africaines suivent progressivement ce virage diplomatique, qui affaiblit la ligne algérienne.
Face à cette dynamique, Alger tente de racheter des fidélités africaines via l’aide au développement. Ce n’est pas une première : en février 2023, lors d’un sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, l’ancien Premier ministre algérien Aïmene Benabderrahmane avait déjà promis la même enveloppe d’un milliard de dollars, au nom du président Abdelmadjid Tebboune.
Mais cette stratégie de générosité diplomatique n’a pas empêché les défections. Le contexte saharien échappe de plus en plus à l’influence historique d’Alger, malgré les milliards injectés.
L’échec BRICS, un précédent amer
Cette politique du carnet de chèques rappelle un autre épisode : en 2023, l’Algérie avait versé 1,5 milliard de dollars à la banque des BRICS, dans l’espoir d’intégrer le bloc économique. Résultat : sa candidature a été rejetée au sommet de Johannesburg en août, soulignant les limites d’une diplomatie fondée sur l’argent plus que sur l’alliance stratégique.
Une bataille plus large se joue en Afrique
Au-delà du Sahara, l’Algérie tente d’étendre son influence continentale, à travers une diplomatie d’investissement. Mais la dynamique actuelle donne l’avantage au Maroc, qui enchaîne les soutiens sur son plan d’autonomie saharien, fort d’un réseau solide en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et même en Afrique australe.
L’annonce de Séville s’inscrit donc comme un acte de résistance géopolitique, dans un combat où les symboles, les reconnaissances diplomatiques et les flux financiers se répondent en échos. Reste à savoir si le milliard d’Alger saura inverser une tendance qui, jusqu’ici, ne joue guère en sa faveur.
La Rédaction

