À rebours des négociations tripartites Kinshasa-Kigali-Washington, la République démocratique du Congo resserre ses liens avec l’Ouganda, partenaire militaire et économique de poids dans la région des Grands Lacs.
Le président de l’Assemblée nationale congolaise, Vital Kamerhe, a effectué une visite officielle en Ouganda du 9 au 12 mai 2025, mêlant diplomatie parlementaire et enjeux géostratégiques. S’il a pris part à la 3ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur les défis mondiaux émergents, ce déplacement revêtait surtout une dimension politique forte : Kamerhe portait un message « spécial » du président Félix Tshisekedi destiné à son homologue ougandais, Yoweri Museveni.
Une visite au cœur d’un rapprochement diplomatique
Depuis novembre 2024, Kinshasa et Kampala ont initié une série d’échanges visant à renforcer leur coopération. Cette dynamique se déroule sur fond d’instabilité persistante dans l’est de la RDC, où pullulent groupes armés et milices. Elle s’inscrit aussi en parallèle des efforts américains pour obtenir un accord de paix entre Kinshasa et Kigali, focalisé sur la sécurité régionale et le commerce des minerais stratégiques.
Dans ce contexte, l’Ouganda apparaît comme un acteur incontournable : voisin influent, puissance militaire régionale et partenaire économique, Kampala n’a aucun intérêt à voir la région basculer dans le chaos. Museveni a ainsi réaffirmé à Vital Kamerhe son attachement à une stabilisation durable de la région, jugeant que « l’instabilité actuelle nuit également aux intérêts de son pays ».
Une coopération militaire élargie
Les deux États ont décidé de renforcer leur partenariat sécuritaire, notamment via l’opération conjointe FARDC-UPDF. Initialement lancée contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), cette initiative s’est élargie à d’autres groupes armés comme la CODECO.
Des patrouilles conjointes ont été récemment déployées dans des zones stratégiques éloignées de la présence initiale des ADF, notamment autour du lac Albert et dans les territoires de Djugu, Mahagi, Bule et Fataki. Objectifs : sécuriser les routes, renforcer les contrôles aux frontières et dissuader les incursions armées. Des unités spécialisées, notamment des troupes de montagne, participent à ces opérations.
Infrastructures, minerais et pétrole : la convergence des intérêts
Au-delà de la sécurité, la coopération économique entre Kinshasa et Kampala s’intensifie. Trois axes routiers transfrontaliers sont en construction pour fluidifier les échanges commerciaux. Mais le cœur du partenariat repose sur deux secteurs clés : les minerais stratégiques et le pétrole.
Depuis 2020, la coentreprise Punia Kasese Mining, fruit d’un accord entre Sakima (entreprise publique congolaise) et Dott Services Limited (entreprise ougandaise), s’emploie à exploiter les minerais 3T (étain, tungstène, tantale), ainsi que l’or et le cobalt. Dott Services est également impliquée dans les travaux routiers, créant une synergie économique régionale.
Autre dossier majeur : le pétrole du lac Albert, à cheval sur les deux pays. Ce gisement pourrait contenir plus d’un milliard de barils. Kampala souhaite garantir ses investissements, et la RDC s’est déclarée prête à utiliser le pipeline ougandais. Tshisekedi et Museveni avaient déjà échangé sur ce sujet en octobre 2024. Kamerhe a confirmé cet engagement lors de sa visite.
La diplomatie parlementaire comme levier
Pour pérenniser ces engagements, Kinshasa et Kampala misent sur une diplomatie parlementaire proactive. Un groupe d’amitié interparlementaire est en cours de création, et une délégation du Parlement ougandais est attendue à Kinshasa dans les prochains mois.
Cette approche reflète la volonté de la RDC de diversifier ses partenariats régionaux, sans rompre les canaux de discussion avec le Rwanda ou les États-Unis. Une stratégie de prudence diplomatique, qui vise à équilibrer les alliances, à défendre ses intérêts sécuritaires et à capter les retombées économiques des projets transfrontaliers dans la région des Grands Lacs.
La Rédaction

