Le Rwanda doit accueillir le premier Grand Prix africain de Formule 1 depuis 1993. Mais l’accord conclu pour dix ans suscite déjà des critiques : Human Rights Watch redoute que l’événement serve à améliorer l’image du pouvoir sans garanties suffisantes pour les libertés publiques.
La Formule 1 retrouve une place sur la carte africaine. Le 13 octobre, Kigali et les dirigeants du championnat ont officialisé un accord de dix ans pour organiser un Grand Prix au Rwanda au début des années 2030. Un circuit doit être construit à Bugesera, à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Pour le président Paul Kagame, l’événement représente une occasion d’attirer des visiteurs, de développer les compétences locales et de renforcer le rayonnement international du pays.
Cette ambition sportive rencontre cependant une contestation sur le terrain des droits humains. Dans une prise de position publiée le 16 octobre, Human Rights Watch (HRW) avertit que la visibilité mondiale de la compétition pourrait s’accompagner de nouvelles pressions sur les voix critiques.
Des libertés sous surveillance
L’organisation cite les restrictions imposées, selon ses enquêtes, aux médias indépendants et aux opposants politiques. Elle rappelle également avoir documenté des opérations visant des personnes sans abri ou des vendeurs ambulants avant de grands événements à Kigali. Son inquiétude porte sur le traitement réservé aux journalistes, aux militants et aux populations marginalisées pendant la préparation et la tenue des courses.
Amnesty International dénonce de son côté un risque de « sportswashing » : l’utilisation du prestige sportif pour détourner l’attention des violations alléguées. Les deux organisations évoquent aussi le soutien attribué au Rwanda au M23 dans l’est de la RDC, documenté par des experts des Nations unies et contesté par Kigali.
La Formule 1 attendue sur ses garanties
HRW affirme avoir interrogé la Formule 1 dès février sur les précautions envisagées, sans avoir obtenu de réponse au moment de publier son analyse. Elle demande une évaluation indépendante des risques, une consultation de la société civile et des engagements vérifiables pour protéger les journalistes.
Un héritage à construire
Le retour de la Formule 1 en Afrique constitue une avancée attendue depuis plus de trente ans. La question est désormais de savoir si les organisateurs sauront conjuguer cette ambition avec des garanties concrètes pour ceux qui vivent et travaillent autour de l’événement.
La Rédaction
Source : Human Rights Watch (HRW)

