La condamnation de Bernard Antwi Boasiako, plus connu sous le nom de « Chairman Wontumi », marque un tournant dans la lutte contre l’exploitation minière illégale au Ghana. Figure influente du Nouveau Parti patriotique (NPP), principal parti d’opposition, il a été condamné à vingt ans de prison avec travaux forcés pour des infractions liées à l’attribution de droits miniers et à l’exploitation illégale de l’or. Une décision saluée par les défenseurs de l’environnement, mais dénoncée par son camp comme une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
Une condamnation sans précédent
Président régional du NPP dans la région d’Ashanti, Bernard Antwi Boasiako a été reconnu coupable d’avoir accordé des droits miniers sans les autorisations requises et d’avoir facilité des activités d’exploitation illégale à travers sa société, Akonta Mining.
Il devient ainsi le premier responsable politique de premier plan à être condamné dans le cadre de la campagne lancée en 2017 contre le galamsey, nom donné au Ghana à l’exploitation minière illégale. Ce phénomène est considéré comme l’une des principales menaces environnementales du pays en raison de la destruction des forêts, de la pollution des cours d’eau et de la dégradation des terres agricoles.
Le NPP dénonce un procès politique
Le verdict a immédiatement suscité une vive réaction du Nouveau Parti patriotique. Lors d’une conférence de presse à Accra, la direction du parti a qualifié la décision de « grave erreur judiciaire » et annoncé son intention de saisir la Cour d’appel.
Selon le NPP, Bernard Antwi Boasiako aurait obtenu ses concessions minières dans le respect de la législation en vigueur. Le parti estime que l’accusation n’a pas démontré qu’il avait illégalement transféré ou attribué des droits miniers, fondement principal des poursuites engagées contre lui.
Les responsables de l’opposition vont plus loin en affirmant que leur dirigeant est devenu un « prisonnier politique ». Ils accusent le gouvernement du Congrès national démocratique (NDC) d’utiliser les institutions judiciaires pour affaiblir ses adversaires à l’approche des prochaines échéances politiques.
Des accusations de justice à géométrie variable
Au-delà du cas de Bernard Antwi Boasiako, le NPP dénonce une application sélective de la justice.
Le parti affirme que plusieurs personnes proches du pouvoir seraient également impliquées dans des activités de galamsey sans faire l’objet de poursuites comparables. Selon lui, cette différence de traitement risque d’entamer la confiance des citoyens dans l’indépendance du système judiciaire et de fragiliser les efforts engagés contre l’exploitation minière illégale.
Tout en réaffirmant son soutien à la lutte contre ce fléau, l’opposition insiste sur la nécessité de conduire les enquêtes et les poursuites sans considération d’appartenance politique.
Les défenseurs de l’environnement saluent un signal fort
À l’inverse, les organisations engagées dans la protection de l’environnement voient dans cette condamnation une avancée majeure.
Depuis plusieurs années, elles réclament que les responsables politiques, les opérateurs économiques et les personnalités influentes impliqués dans le galamsey répondent de leurs actes au même titre que les exploitants clandestins.
Pour ces organisations, cette décision judiciaire pourrait constituer un précédent important dans un pays où l’exploitation illégale de l’or demeure un défi majeur pour la gouvernance des ressources naturelles et la préservation de l’environnement.
Une bataille judiciaire loin d’être terminée
Le NPP assure que ses avocats ont déjà engagé la procédure d’appel et se dit convaincu que la juridiction supérieure annulera la condamnation.
En attendant, le parti appelle ses militants au calme et affirme vouloir poursuivre la bataille exclusivement par les voies légales. Il demande également aux magistrats appelés à examiner le dossier de garantir une procédure impartiale, indépendante de toute pression politique.
Au-delà du sort de Bernard Antwi Boasiako, cette affaire pourrait devenir un test pour les institutions ghanéennes, confrontées à la double exigence de lutter efficacement contre l’exploitation minière illégale tout en préservant la confiance dans l’indépendance de la justice.
La Rédaction

