Alors que la province de Cabo Delgado entre dans sa neuvième année de conflit, une nouvelle flambée de violences a forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers. Depuis la fin septembre, les attaques se multiplient, les villages se vident et l’urgence humanitaire atteint un niveau critique.
Une crise qui s’aggrave de semaine en semaine
Selon les dernières données des Nations Unies, plus de 93 000 personnes ont été déplacées entre le 22 septembre et le 13 octobre 2025, principalement dans les districts de Chiúre, Ancuabe et Muidumbe. Cette vague de fuite, la plus importante depuis plus d’un an, fait suite à une série d’attaques coordonnées menées par des groupes armés non étatiques.
Pour la première fois depuis le début du conflit en 2017, les 17 districts de la province ont été directement touchés. Des localités entières se sont vidées, tandis que les habitants cherchent désespérément refuge dans les zones plus stables ou dans les provinces voisines comme Nampula.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) évoque une situation de panique généralisée, les civils étant souvent pris pour cible lors des attaques.
Des familles piégées entre la peur et la faim
Les témoignages recueillis par les organisations humanitaires dressent un tableau d’une extrême gravité : villages incendiés, enlèvements, violences sexuelles et destruction des infrastructures de base.
Dans certains districts, 60 % des structures sanitaires sont désormais hors service. L’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins devient quasi impossible, alors même que les prix des denrées flambent et que la sécheresse complique les récoltes.
Les femmes, les enfants et les personnes âgées sont les plus vulnérables. Beaucoup d’entre elles avaient déjà fui par le passé avant de devoir reprendre la route une nouvelle fois. Cette mobilité forcée à répétition provoque un épuisement psychologique et physique profond au sein des communautés.
Une crise humanitaire sous-financée
Face à l’ampleur de la crise, les acteurs humanitaires tentent de maintenir leur présence, malgré un accès de plus en plus restreint. Le HCR, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et Médecins Sans Frontières continuent de fournir une aide d’urgence : abris temporaires, kits d’hygiène, soutien psychologique et assistance médicale.
Mais les besoins dépassent largement les moyens disponibles : seulement 66 millions de dollars ont été reçus sur les 352 millions nécessaires pour l’année 2025, selon le plan de réponse humanitaire des Nations Unies.
Des facteurs climatiques aggravants
Le nord du Mozambique subit de plein fouet les effets combinés du conflit et du dérèglement climatique. Cyclones, inondations et sécheresse fragilisent davantage les familles déplacées.
Les moyens de subsistance sont anéantis, les terres agricoles abandonnées et les infrastructures détruites par les combats ou les intempéries. Cette double crise — sécuritaire et environnementale — crée un cycle de vulnérabilité quasi impossible à briser.
Un appel à l’action internationale
Le HCR et l’ensemble des agences humanitaires appellent à un renforcement urgent de l’aide et à un engagement politique plus fort pour stabiliser la région.
Il s’agit non seulement de protéger les civils, mais aussi de rétablir l’accès aux services essentiels et d’investir dans des solutions durables : reconstruction, retour volontaire sécurisé et relance économique locale.
Une crise oubliée
Huit ans après le début des hostilités, la situation au nord du Mozambique reste l’une des plus graves du continent africain, mais aussi l’une des moins médiatisées. Les familles déplacées, certaines pour la troisième ou la quatrième fois, espèrent toujours pouvoir reconstruire leurs vies dans un environnement apaisé.
Tant que la paix ne sera pas consolidée, Cabo Delgado restera le symbole d’un conflit qui s’enlise dans le silence.
La Rédaction

