En validant, le jeudi 17 avril, le retrait des talibans de sa liste officielle des organisations terroristes, la Russie franchit un pas significatif dans sa stratégie d’ouverture envers Kaboul. Annoncée par la Cour suprême à l’issue d’une audience à huis clos, cette décision prend effet immédiatement et témoigne d’un tournant diplomatique assumé, bien qu’elle ne constitue pas, pour l’instant, une reconnaissance formelle du régime afghan dirigé par les talibans.
Une normalisation pragmatique
Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, Moscou œuvre méthodiquement à une normalisation de ses relations avec les nouvelles autorités afghanes. Le Kremlin voit en Kaboul non seulement un interlocuteur régional utile, mais aussi un rempart potentiel contre la menace djihadiste, notamment celle représentée par l’État islamique au Khorassan (EI-K), responsable de l’attentat meurtrier perpétré en mars 2024 près de Moscou.
La déclaration du ministre afghan des affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, va dans ce sens : selon lui, cette mesure russe « lève le dernier obstacle à une coopération politique et économique renforcée ». Le diplomate russe en poste à Kaboul, Dmitry Zhirnov, a lui aussi salué une « décision historique ».
Une reconnaissance implicite, mais pas officielle
Si la Russie entretient des relations de fait avec les autorités talibanes, à l’instar de la Chine, de l’Iran ou du Pakistan, aucune reconnaissance diplomatique officielle n’a été accordée au régime islamiste, en raison notamment de sa politique répressive envers les femmes et les minorités. Pourtant, les signaux d’apaisement se multiplient : visites d’émissaires, échanges bilatéraux, et désormais un statut juridique assoupli.
Le président Vladimir Poutine avait d’ailleurs ouvert la voie dès juillet 2024 en qualifiant les talibans « d’alliés dans la lutte contre le terrorisme ». Quelques mois plus tard, il promulguait une loi autorisant la suppression ou la suspension de la désignation d’un groupe comme terroriste, à condition que des « preuves réelles » indiquent un abandon de toute activité violente. C’est sur cette base juridique que repose la décision de la Cour suprême.
Une stratégie géopolitique régionale
En toile de fond, la Russie poursuit son positionnement stratégique en Asie centrale et cherche à combler le vide laissé par le retrait occidental. Face à un Afghanistan isolé, en crise économique et humanitaire, Moscou espère aussi élargir son influence économique en renforçant ses liens commerciaux et énergétiques avec Kaboul.
En appelant à la levée des sanctions occidentales et à la « responsabilité » des puissances ayant contribué à la guerre, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, martèle un message déjà entendu sur d’autres dossiers : la Russie, en quête de légitimité internationale, se pose en acteur pragmatique et incontournable des nouvelles équations géopolitiques.
La Rédaction

