À moins de sept mois de l’élection présidentielle, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) avance en ordre dispersé. Sous la houlette de Tidjane Thiam, ex-financier international élu à la tête du parti en décembre 2023, l’ancien pilier de la vie politique ivoirienne est rattrapé par ses querelles internes. Et si la contestation de sa ligne politique était prévisible, c’est désormais sa légitimité même à présider le parti qui se retrouve devant les tribunaux.
Une guerre intestine ravivée par Valérie Yapo
C’est une militante connue du sérail, Valérie Yapo, qui a lancé la première salve. Déléguée communale et ancienne cadre du parti, elle s’est attaquée à la régularité de l’élection de Thiam. Au cœur de sa contestation : la nationalité française que ce dernier aurait portée, et qui, selon elle, invaliderait sa désignation. Malgré son exclusion temporaire début février, la militante a redoublé d’initiatives, obtenant même la levée des sanctions internes à son encontre avant de saisir à nouveau la justice pour obtenir la nullité du scrutin interne. Dans la foulée, des militants ont tenté sans succès de destituer Thiam, dans une opération vite désamorcée mais symptomatique du malaise profond qui traverse le parti.
Une justice prudente, un parti en sursis
La justice, elle, s’avance sur des œufs. Lors de l’audience du 11 avril, expédiée en quinze minutes, la juge saisie a préféré déclarer son incompétence, repoussant à plus tard tout débat de fond. Ce “plus tard” a désormais un nom : le 24 avril. C’est à cette date qu’un autre front judiciaire s’ouvrira, centré cette fois sur la nationalité de Thiam. S’il assure avoir abandonné la nationalité française, ses détracteurs estiment que sa nationalité ivoirienne ne serait pas “pleinement conforme” aux exigences du code électoral. En attendant, l’État reste en retrait, attendant visiblement que la justice tranche avant de se prononcer officiellement sur le statut civil du président du PDCI.
Une convention sous tension, un leadership flou
Dans ce contexte inflammable, la convention du 16 avril, censée désigner le candidat du parti, s’annonce comme un moment décisif — mais aussi périlleux. Si Thiam reste, à ce jour, le seul à avoir officiellement déposé sa candidature, son absence lors du bureau politique à Yamoussoukro n’a pas aidé à apaiser les tensions. Jean-Louis Billon, potentiel dissident, et Valérie Yapo, opposante acharnée, ont purement et simplement ignoré le rendez-vous. Plus qu’un boycott, un signal fort du délitement de l’autorité interne.
Le spectre d’un éclatement, et l’ombre du RHDP
Dans les coulisses, la méfiance gagne. Certains militants murmurent que le pouvoir en place, via le RHDP d’Alassane Ouattara, chercherait à affaiblir le PDCI en attisant les divisions. Des accusations balayées par le camp présidentiel, qui dénonce des procès d’intention sans fondement. Mais le climat politique, lui, se dégrade, alors que les contentieux sur la liste électorale nourrissent les soupçons de manipulation. Le retrait du PPA-CI de la commission électorale pourrait bien faire tâche d’huile : des voix internes au PDCI appellent déjà à une position similaire.
Une crise existentielle à l’aube du scrutin
La situation actuelle ne se résume pas à un duel d’ego ou à une simple rivalité politique. Elle soulève une interrogation plus fondamentale sur l’avenir du PDCI-RDA, ce grand parti historique devenu aujourd’hui une maison divisée. Le feuilleton judiciaire autour de Tidjane Thiam, s’il venait à se prolonger, pourrait plomber irrémédiablement la campagne. Et au-delà, ouvrir une brèche dans le fragile équilibre démocratique ivoirien, à l’heure où les alliances se redessinent et où l’ombre de la contestation plane déjà sur le scrutin à venir.
La Rédaction

