Le 12 avril 2025, les Gabonais ont été appelés aux urnes pour élire leur nouveau président, une première depuis le coup d’État militaire d’août 2023 qui a mis fin à plus de cinquante ans de règne dynastique de la famille Bongo. À Libreville comme à Port-Gentil, la journée électorale s’est déroulée dans un calme inhabituel, reflet d’une transition politique encore fragile mais scrutée de près.
À Libreville, la solennité d’un jour symbolique
C’est au cœur de la capitale que le général Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la transition et grand favori du scrutin, a voté, après avoir assisté à une messe d’hommage à l’opposant historique André Mba Obame. L’événement, célébré dix ans jour pour jour après le décès de ce dernier, a conféré à cette élection une charge symbolique forte. L’abbé Jean Davy Ndangha Ndong a ouvert la cérémonie en évoquant une « journée doublement historique », faisant le lien entre mémoire politique et promesse démocratique. Cette solennité tranche avec les querelles électorales habituelles qui agitent souvent Libreville lors des scrutins.
À Port-Gentil, l’opposition vigilante mais apaisée
Port-Gentil, capitale économique et bastion traditionnel de l’opposition, a elle aussi vécu un scrutin sans heurts. Devant le Centre social du 2e arrondissement, les électeurs se sont mobilisés dans un climat de sérénité. Le délégué spécial de la commune, Boubakar Ngouwa Guingo Mayaki, a salué l’organisation précoce du scrutin : « Notre journée de travail a commencé à 2 heures du matin », soulignant la volonté des autorités locales, placées sous la tutelle du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), d’assurer un vote sans irrégularité.
Une transition en quête de légitimité
Brice Oligui Nguema, porté au pouvoir par le CTRI après avoir déposé Ali Bongo, a officialisé sa candidature le 3 mars 2025 à la Cité de la Démocratie. Sous le slogan « Construisons ensemble », il promet de poursuivre les réformes de l’administration, de renforcer les institutions et de relancer l’économie. Mais son statut de chef de la transition soulève des critiques, notamment de la part de l’opposition.
Alain Claude Bilie-By-Nze, principal rival et ancien Premier ministre sous Ali Bongo, dénonce un « processus électoral verrouillé », pointant l’omniprésence des militaires dans la vie politique. Il appelle à « un retour des soldats dans les casernes » et met en garde contre les risques d’une confiscation du pouvoir par les anciens putschistes.
Des enjeux politiques et économiques considérables
Le scrutin intervient dans un contexte économique tendu. Bien que le pays dispose de ressources pétrolières considérables, la production est en baisse, la dette extérieure s’élève à près de 3 milliards de dollars, et la croissance est en berne. Port-Gentil, autrefois moteur économique, souffre d’un déclin progressif accentué par la montée des eaux et l’érosion côtière. Autant de défis que devra relever le futur président.
Avec 920 000 électeurs, dont plus de 28 000 vivant à l’étranger, cette élection est un test crucial pour la crédibilité de la transition gabonaise. Les résultats sont attendus dans les prochains jours, sous l’œil vigilant de la communauté internationale qui conditionne tout soutien futur à la stabilité et à la transparence du processus.
La Rédaction

