Les outils d’intelligence artificielle (IA) comme ChatGPT, Siri ou Google Assistant sont principalement développés dans les pays du Nord et entraînés en anglais, en chinois ou dans d’autres langues européennes. Les langues africaines, pourtant parlées par des centaines de millions de personnes, restent largement absentes de l’IA. Cette situation limite l’accès à l’information, à l’éducation, à la santé et aux services numériques pour de nombreux Africains. Le projet African Next Voices change cette donne en collectant massivement des données linguistiques africaines pour les intégrer dans l’IA.
Pourquoi les langues africaines sont essentielles pour l’IA
Le langage est le pont entre l’homme et l’IA. Il permet de communiquer, de structurer ses idées et de vérifier que l’IA comprend correctement nos intentions. Les langues africaines ne sont pas seulement des outils de communication : elles portent une histoire, une culture et des savoirs locaux. Sans elles, l’IA peut produire des erreurs, mal interpréter des messages ou exclure des millions de personnes. Développer des modèles IA capables de comprendre ces langues est donc crucial pour garantir l’inclusion, l’exactitude et la sécurité des systèmes numériques.
Les obstacles au développement des langues africaines pour l’IA
Plusieurs facteurs expliquent l’absence des langues africaines dans l’IA :
• La marginalisation historique due au colonialisme, qui a favorisé les langues européennes dans l’éducation, les médias et l’administration
• Le manque de données textuelles et vocales numérisées pour l’entraînement des modèles IA
• Les difficultés techniques comme la variation dialectale, le marquage des tons, l’absence de correcteurs orthographiques ou de tokeniseurs adaptés
Ces lacunes ont pour conséquence une IA inefficace et parfois dangereuse pour les locuteurs africains.
African Next Voices : le projet en action
Depuis deux ans, des équipes d’informaticiens, de linguistes et de spécialistes africains travaillent à collecter des données vocales diversifiées pour la reconnaissance automatique de la parole (RAP). L’objectif est de créer des modèles capables de comprendre et de transcrire correctement les langues africaines.
Les actions concrètes
• Kenya : collecte de données pour cinq langues (dholuo, masaï, kalenjin, kikuyu, somali) auprès de différents groupes d’âge et niveaux d’éducation
• Nigeria : enregistrement de conversations en bambara, haoussa, igbo, pidgin et yoruba
• Afrique du Sud : collecte pour sept langues (zoulou, xhosa, sesotho, sepedi, setswana, ndébélé, tshivenda)
Toutes les données sont collectées avec consentement éclairé, rémunération équitable et respect des droits sur les données. Les enregistrements comprennent des discours spontanés et lus, couvrant différents domaines comme la santé, l’agriculture ou l’inclusion financière.
Collaboration et écosystème
Le projet s’appuie sur un réseau d’organisations et d’universités africaines ainsi que sur des initiatives internationales comme Masakhane, Lelapa AI, Mozilla Common Voice et EqualyzAI. Ensemble, elles forment un écosystème qui rend les langues africaines visibles et utilisables à l’ère de l’IA.
Utilisations et bénéfices
Les modèles et données créés par African Next Voices permettront :
• Des assistants vocaux pour l’agriculture, la santé et les services financiers
• Le sous-titrage des médias dans les langues locales
• Des outils éducatifs et pédagogiques accessibles à tous
• La préservation culturelle et linguistique des communautés africaines
À terme, ces initiatives permettront aux Africains d’utiliser l’IA dans leur langue maternelle, réduisant ainsi la fracture numérique et favorisant une inclusion réelle dans le monde numérique.
Perspectives et avenir
Le projet vise à étendre la collecte à d’autres langues africaines et à créer des modèles linguistiques compacts, économes en énergie et adaptés aux contextes locaux. L’objectif n’est pas seulement de produire des démos, mais de créer des solutions concrètes utilisables dans la vie quotidienne, tout en garantissant l’accessibilité des ressources pour chercheurs, étudiants et innovateurs.
En réussissant, African Next Voices pourrait établir de nouvelles normes mondiales pour une IA inclusive et responsable, où chaque langue et chaque culture sont représentées équitablement.
La Rédaction

