D’ici la fin du mois d’août, l’armée allemande aura achevé son retrait du Niger et fermé sa base aérienne de Niamey. Cette décision suscite des réactions contrastées parmi les responsables politiques allemands, certains exprimant leur amertume, tandis que d’autres se félicitent de cette issue.
Le ministère de la Défense à Berlin a confirmé que le rapatriement des derniers soldats allemands sera achevé à la fin du mois, entraînant la fermeture complète de la base aérienne de Niamey. Contrairement à d’autres occasions, aucune cérémonie officielle ne marquera cette fermeture.
Johannes Arlt, député du SPD et membre de la Commission de défense du Bundestag, a été interviewé par la journaliste Tina Gerhäusser. Ancien soldat ayant servi au Sahel, Arlt se disait initialement satisfait de la décision de maintenir une présence militaire au Niger après la fin de la mission onusienne au Mali (Minusma) en décembre 2023. À cette époque, l’Allemagne avait en effet exprimé sa volonté de maintenir une base militaire au Niger.
Une responsabilité géopolitique inachevée
« Nous avions l’opportunité de montrer que nous étions prêts à assumer des responsabilités géopolitiques importantes pour l’Europe dans cette région stratégique du Sahel », déclare Johannes Arlt. Selon lui, être la dernière nation occidentale présente sur le terrain, après le retrait des Français et des Américains, offrait à l’Allemagne une chance unique de jouer un rôle clé. « C’est très regrettable que nous devions mettre fin à cet engagement », ajoute-t-il.
Des investissements perdus sans garantie de sécurité
La décision de retrait a été motivée par l’absence de garanties suffisantes de la part des autorités nigériennes concernant la sécurité des soldats allemands. « Nous avons investi plus de 120 millions d’euros en vain. C’est frustrant, mais la protection de nos soldats doit primer », affirme Johannes Arlt.
La base aérienne allemande servait notamment de plateforme logistique pour l’acheminement du matériel destiné à la Minusma, ainsi que pour la coordination de l’aide sanitaire et les opérations de sauvetage.
Opposition critique sur la politique militaire
Sevim Dagdelen, porte-parole de l’Alliance Sahra Wagenknecht pour les questions de politique étrangère au Bundestag, ne regrette pas la fermeture de la base de Niamey, jugée trop coûteuse. Son parti s’était toujours opposé aux interventions militaires de la Bundeswehr au Sahel. « Alors que l’argent manque pour l’éducation et les infrastructures en Allemagne, le gouvernement fédéral a gaspillé plus de quatre milliards d’euros pour des missions militaires vouées à l’échec », critique-t-elle.
Entre 2018 et 2021, dans le cadre de la mission européenne EUTM, la Bundeswehr avait formé environ 800 forces spéciales de l’armée nigérienne, ainsi qu’une trentaine de formateurs. Pour Sevim Dagdelen, le fait que ces soldats, formés par l’Allemagne et d’autres pays occidentaux, se retournent aujourd’hui contre l’Otan est « une ironie de l’histoire », qu’elle attribue aux conséquences d’une politique néocoloniale inspirée par la France.
La Mauritanie : un nouveau partenaire potentiel
Johannes Arlt évoque la possibilité que la Mauritanie devienne un nouveau partenaire privilégié de l’Allemagne en Afrique de l’Ouest. L’Alliance Sahel, qui regroupe plusieurs partenaires internationaux, siège d’ailleurs à Nouakchott. « Les priorités de l’Allemagne sont actuellement tournées vers l’Europe, la reconstruction de la Bundeswehr et l’intégration de nouveaux équipements. La perte de cette base au Niger est peu discutée dans l’espace public allemand », souligne-t-il.
L’Allemagne continue néanmoins de maintenir des relations minimales avec les autorités nigériennes, tout en poursuivant l’aide et la coopération avec la société civile et les ONG sur place. Arlt estime que la République fédérale reste un partenaire fiable pour le Niger, malgré la fermeture de la base allemande de Niamey, dont l’impact reste limité, similaire à celui des fermetures des bases de Gao et Bamako au Mali.
Après le départ des derniers soldats allemands, l’armée nigérienne devrait reprendre les locaux et le matériel laissé sur place, à l’instar de l’armée malienne après le retrait de la Minusma de Gao et des autres bases du nord du Mali.
La Rédaction

