À Kinshasa, la coalition d’opposition C64 appelle à une mobilisation nationale le 22 juillet et réclame la démission du président Félix Tshisekedi. Elle accuse le chef de l’État de préparer une modification constitutionnelle destinée à ouvrir la voie à un troisième mandat, une accusation rejetée par le pouvoir. La crise politique s’installe alors que la République démocratique du Congo traverse déjà une grave instabilité sécuritaire dans l’Est.
Kinshasa – Le front constitutionnel devient une bataille pour le pouvoir
La confrontation entre le pouvoir congolais et l’opposition franchit un nouveau seuil. Les principaux responsables de la coalition C64 ont appelé jeudi à la démission du président Félix Tshisekedi, dénonçant un projet de réforme constitutionnelle qu’ils considèrent comme une menace directe contre l’alternance démocratique.
Lors d’une conférence de presse à Kinshasa, les dirigeants de cette plateforme d’opposition ont annoncé une grande mobilisation populaire prévue le 22 juillet afin de faire pression sur les autorités et empêcher ce qu’ils qualifient de « coup d’État constitutionnel ».
Jean-Marc Kabund, figure de l’opposition et ancien cadre du parti présidentiel, a accusé le chef de l’État d’avoir « trahi son serment constitutionnel » et appelé les Congolais à descendre dans la rue pour défendre, selon lui, le respect de la Constitution et la limitation des mandats présidentiels.
Le spectre d’un troisième mandat au cœur de la contestation
La controverse trouve son origine dans les initiatives engagées par les institutions congolaises autour d’une possible révision constitutionnelle.
En juin, l’Assemblée nationale avait adopté un cadre juridique permettant l’organisation éventuelle d’un référendum constitutionnel. Le Sénat avait également approuvé une mesure que l’opposition interprète comme une remise en cause des limites actuelles du mandat présidentiel.
Pour les adversaires de Félix Tshisekedi, cette réforme pourrait permettre de remettre les compteurs à zéro et offrir au président la possibilité de briguer un nouveau mandat après 2028.
Le chef de l’État, âgé de 63 ans, n’a toutefois pas annoncé officiellement ses intentions sur son avenir politique. Son second mandat, commencé en 2024 après sa réélection, doit constitutionnellement s’achever en 2028.
Le pouvoir dénonce une lecture politique de la réforme
Du côté du gouvernement et de ses soutiens, l’argument d’une manœuvre destinée à prolonger le pouvoir présidentiel est rejeté.
Les responsables proches de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti de Félix Tshisekedi, défendent l’idée d’une adaptation de la Constitution aux réalités actuelles du pays.
Ils estiment que le texte adopté en 2006 ne répond plus pleinement aux défis auxquels la République démocratique du Congo est confrontée, notamment sur les questions de sécurité, de gouvernance et de développement.
Mais cette justification ne convainc pas l’opposition, qui accuse le pouvoir de vouloir utiliser une réforme institutionnelle pour contourner l’esprit de la Constitution.
Une crise politique sur fond de guerre à l’Est
Cette nouvelle tension intervient dans un contexte particulièrement fragile pour la RDC. Dans l’Est du pays, l’armée congolaise poursuit ses opérations contre le mouvement rebelle M23 et ses alliés présumés, tandis que plusieurs territoires restent affectés par les violences armées.
Pour les opposants, engager une bataille constitutionnelle dans un tel contexte constitue une priorité déplacée. Ils estiment que l’urgence devrait être consacrée à la restauration de la sécurité, à la lutte contre la pauvreté et au retour de l’autorité de l’État dans les zones en conflit.
La société civile et plusieurs observateurs internationaux redoutent que l’affrontement politique ne fragilise davantage les institutions congolaises et ne détourne l’attention des crises sécuritaires et humanitaires.
Vers une nouvelle confrontation dans les rues de Kinshasa ?
Après plusieurs manifestations déjà marquées par des affrontements avec les forces de sécurité, l’appel du C64 au rassemblement du 22 juillet constitue un nouveau test pour le pouvoir.
La coalition, qui réunit notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, affirme vouloir maintenir la pression jusqu’à l’abandon définitif du projet de modification constitutionnelle.
À deux ans de la prochaine échéance présidentielle, le débat constitutionnel est ainsi devenu le principal foyer de tension politique en RDC. Derrière la question juridique se joue une interrogation centrale : Félix Tshisekedi entend-il simplement réformer les institutions ou préparer les conditions d’une nouvelle candidature en 2028 ?
La Rédaction

