Conflits, climat, pauvreté : un cocktail explosif pousse des millions d’Africains à l’exil dans leur propre pays.
En 2024, un nouveau seuil dramatique a été franchi : plus de 83,4 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de leur propre pays. La majorité vit en Afrique. Derrière les chiffres, des vies brisées, des familles déracinées, et une spirale infernale entre pauvreté, guerre et effondrement climatique.
Une hausse de 7,5 millions en un an
Selon le rapport conjoint de l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) et du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), l’année 2024 a connu une hausse inédite de 7,5 millions de déplacés internes par rapport à 2023. C’est 50 % de plus qu’il y a six ans. Et l’Afrique paie un tribut disproportionné : conflits armés, violences ethniques, famines aggravées par la sécheresse, inondations… Le continent cumule toutes les causes du déplacement forcé.
Les violences, moteur principal de l’exil intérieur
Parmi les 83,4 millions de déplacés recensés, 73,5 millions l’ont été à cause des conflits et de la violence, soit près de 90 %. Le Soudan détient un record tragique : 11,6 millions de déplacés internes, le chiffre le plus élevé jamais enregistré pour un seul pays. L’est de la République démocratique du Congo, le Sahel, la Centrafrique ou encore le nord du Mozambique subissent également des violences endémiques.
Catastrophes naturelles : la double peine climatique
Près de 10 millions de personnes ont été déplacées par des catastrophes naturelles en 2024, un chiffre qui a doublé en cinq ans. Dans plus des trois quarts des cas, les personnes déplacées vivaient déjà dans des pays à forte vulnérabilité climatique. Inondations soudaines, sécheresses prolongées, tempêtes dévastatrices : l’Afrique, peu responsable des émissions mondiales, en subit de plein fouet les conséquences.
Gaza, États-Unis : une crise mondiale
La situation dépasse cependant les frontières africaines. La bande de Gaza a vu presque toute sa population déplacée fin 2024. Et les États-Unis, frappés par les ouragans Helene et Milton, comptent 11 millions de déplacements liés à des catastrophes naturelles – soit un quart du total mondial. Une illustration de l’universalité de la crise, même dans les pays dits riches.
Une aide humanitaire en chute libre
Malgré l’ampleur du drame, l’aide humanitaire recule. En cause : le gel massif de l’aide américaine sous l’administration Trump et une lassitude grandissante des bailleurs. Les déplacés internes, souvent invisibilisés car non franchissant de frontières, subissent en silence les coupes budgétaires. “À chaque fois qu’un financement est coupé, un déplacé perd l’accès à la nourriture, aux médicaments, à la sécurité”, alerte Jan Egeland, directeur du NRC.
2025 commence sous tension
Les tendances observées laissent présager une année 2025 difficile. Si rien n’est fait pour renforcer la prévention des conflits, soutenir les systèmes d’alerte climatique et restaurer le financement de l’aide humanitaire, le monde comptera encore davantage de déplacés internes. Et l’Afrique, déjà en première ligne, risque de s’enfoncer davantage dans la crise.
La Rédaction

