La compagnie française TotalEnergies pose ses conditions pour relancer son méga-projet gazier au Mozambique : prise en charge des coûts de suspension, allongement du contrat et hausse de ses marges. Maputo temporise et annonce de nouvelles négociations.
Une relance sous haute tension
Le géant énergétique TotalEnergies a prévenu : le projet gazier du nord du Mozambique, gelé depuis 2021 en raison des violences à Cabo Delgado, ne redémarrera qu’à certaines conditions. Dans une lettre adressée le 24 octobre au président Daniel Chapo, le PDG Patrick Pouyanné réclame que l’État mozambicain prenne en charge le coût du gel du projet — évalué à 4,5 milliards de dollars —, assume davantage de risques financiers et accorde à la compagnie des marges bénéficiaires plus importantes.
Ces demandes, jugées excessives par plusieurs responsables mozambicains, ont rapidement fuité dans la presse, alimentant un vif débat politique.
Le gouvernement, tout en reconnaissant la complexité du dossier, a confirmé le 28 octobre qu’un nouveau cycle de négociations allait s’ouvrir.
Des conditions jugées déséquilibrées
Le courrier de Patrick Pouyanné détaille six conditions majeures pour lever la force majeure et reprendre les travaux :
• Le Mozambique financerait la sécurité du site, y compris le déploiement des troupes rwandaises chargées de protéger la zone.
• L’État reconnaîtrait le coût de la suspension à hauteur de 4,5 milliards de dollars, une somme à intégrer dans les dépenses d’investissement à rembourser avant tout versement de revenus.
• Cette somme serait ajoutée aux coûts d’exploration et de construction, retardant d’autant le moment où Maputo percevra des recettes substantielles.
• Le contrat serait prolongé de dix ans, jusqu’en 2054, pour « compenser partiellement » les pertes subies.
• TotalEnergies souhaite aussi renégocier les termes du partenariat avec l’entreprise publique ENH, actionnaire du projet.
Le terme « partiellement », soulignent plusieurs observateurs, laisse la porte ouverte à de nouvelles revendications.
Des revenus reportés pour l’État mozambicain
Initialement prévue pour 2024, la production de gaz est désormais annoncée pour 2029, soit cinq ans de retard.
D’après les projections du ministère des Finances réalisées en 2018, les premières années d’exploitation devaient rapporter environ 350 millions de dollars par an au Mozambique. Une fois les coûts remboursés, les recettes devaient bondir à près de 2 milliards par an.
Avec la nouvelle proposition, cette montée en puissance serait retardée jusqu’à 2040, repoussant à long terme les véritables bénéfices économiques du projet — bien après la fin du mandat du président Chapo.
Une équation politique délicate
Pour atténuer la perte immédiate de revenus, TotalEnergies envisagerait de répartir les remboursements initiaux sur une période plus longue, augmentant la part de « profit gas » dont une fraction revient directement à l’État.
Selon certains analystes, cela permettrait à Maputo d’enregistrer plus d’un milliard de dollars de revenus dès 2029, année électorale cruciale pour Daniel Chapo.
Mais ce mécanisme, qui avantagerait politiquement le président à court terme, renforcerait en parallèle la mainmise de TotalEnergies sur le projet à long terme.
Négociations sous pression et guerre persistante
Les discussions, confirmées par le ministre de l’Administration d’État, Inocêncio Impissa, devraient se poursuivre « dans les canaux établis ».
Il a toutefois dénoncé la fuite du courrier de Pouyanné, estimant qu’elle complique désormais toute tentative d’accord confidentiel entre Maputo et la multinationale.
Autre facteur incontournable : la guerre dans la province de Cabo Delgado, théâtre du projet gazier.
Certains experts estiment que le président Chapo pourrait conditionner toute prolongation de contrat à la création d’un programme massif d’emplois et de formation pour les populations locales.
Mais pour l’heure, les priorités du parti au pouvoir, le Frelimo, semblent davantage orientées vers les retombées financières immédiates.
La Rédaction

