Longtemps considéré comme un partenaire régional fiable, le Maroc s’impose désormais comme un acteur central dans l’architecture de sécurité de l’OTAN. Depuis sa désignation en 2004 comme « allié majeur non membre », Rabat n’a cessé de consolider sa position, jusqu’à devenir, selon l’OTAN elle-même, le pays du voisinage sud le plus engagé dans la coopération avec l’Alliance.
Un partenaire stratégique qui s’affirme
Dans un entretien accordé au média espagnol Agenda Pública, Javier Colomina, représentant spécial de l’OTAN pour le voisinage sud, ne cache pas son admiration : le Maroc, dit-il, s’est distingué ces deux à trois dernières années par une « volonté accrue » de renforcer ses liens avec l’organisation. Dans un environnement régional marqué par l’instabilité, Rabat fait figure d’exception : « actif, fiable, et résolument tourné vers une coopération approfondie ».
Cette dynamique n’est pas seulement politique. Elle se traduit concrètement par des échanges opérationnels, des formations conjointes, et une participation active aux manœuvres coordonnées par l’OTAN. L’expérience du Maroc, notamment dans la lutte contre le terrorisme, la surveillance maritime et la gestion des flux migratoires, est aujourd’hui considérée comme un apport précieux. « Le Royaume possède une expertise dont nous avons beaucoup à apprendre », souligne Colomina.
Une alliance bâtie sur la complémentarité
Ce partenariat ne se limite pas à un simple appui logistique. Il repose sur une logique de complémentarité assumée. L’OTAN bénéficie de l’ancrage géographique et du savoir-faire opérationnel marocain, tandis que Rabat tire profit des capacités de planification, de commandement et d’interopérabilité offertes par l’Alliance.
« Il s’agit d’une relation réciproque, fondée sur la confiance, la compétence et des intérêts partagés », affirme Colomina. En d’autres termes, le Maroc ne joue pas le rôle d’un supplétif, mais celui d’un acteur à part entière, co-constructeur d’un dispositif sécuritaire adapté aux réalités du sud.
Un rôle désormais incontournable
Ce statut privilégié s’est vu confirmé lors de plusieurs visites de haut niveau. En octobre 2024, Colomina s’était rendu à Rabat pour s’entretenir avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Il y avait salué un « partenaire de tout premier plan », indispensable dans les efforts de stabilisation régionale. Quelques mois plus tôt, l’amiral Rob Bauer, président du Comité militaire de l’OTAN, avait lui aussi souligné la qualité de l’engagement marocain, notamment dans les exercices conjoints et la coordination sécuritaire en Méditerranée.
L’OTAN, pour l’heure, ne projette pas d’élargir formellement ses rangs dans le voisinage sud. Mais elle compte sur des alliances solides, capables de faire levier face aux menaces asymétriques. Dans cette équation, le Maroc apparaît de plus en plus comme un point d’appui fiable, agile, et politiquement stable.
Un pilier sud-nord dans un monde fragmenté
La montée en puissance du Maroc dans l’orbite euro-atlantique ne relève pas du hasard. Elle répond à une stratégie claire : s’ériger en partenaire stratégique incontournable dans un monde où la frontière entre le local et le global s’estompe. Rabat ne se contente plus de réagir aux crises régionales, il entend participer activement à la redéfinition des équilibres sécuritaires.
Ce repositionnement discret mais résolu, à la croisée du Maghreb, du Sahel et de l’Europe, fait du Maroc un acteur à suivre et à écouter dans les discussions géostratégiques de demain.
La Rédaction

