La Mauritanie est devenue un refuge pour de nombreux déplacés maliens, mais ses moyens restent insuffisants pour faire face à cette affluence. Ces migrations internes en Afrique déstabilisent les fragiles équilibres du continent.
Sous un soleil de plomb, les dunes arides entourant le camp de Mbera, à quelques kilomètres de la frontière malienne, se dressent telles des vagues figées. Au milieu de ce désert, des tentes blanches abritent des familles entières, symboles de la détresse humaine. Depuis que le conflit au Mali s’est intensifié, la Mauritanie, malgré ses ressources limitées, est devenue un havre pour ceux qui fuient la violence, la corruption et les exactions des groupes armés, y compris les mercenaires de Wagner.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Depuis 2012, la Mauritanie accueille des réfugiés maliens, mais la situation a pris une tournure dramatique depuis 2021. L’escalade de la violence dans le centre et le nord du Mali a fait bondir la population du camp de Mbera, qui abrite désormais plus de 110 000 personnes, bien au-delà de sa capacité initiale de 70 000, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Chaque semaine, de nouveaux arrivants, principalement des femmes et des enfants, traversent le désert pour échapper aux combats entre l’armée malienne, les milices locales et les mercenaires de Wagner. Fatimata, une mère de trois enfants, raconte son exode depuis Mopti : « Ils ont brûlé nos champs et tué ceux qui refusaient de collaborer. Nous avons marché des jours pour atteindre la Mauritanie. »
Entre janvier et juillet 2024, plus de 91 000 personnes ont rejoint le pays, portant le nombre total de réfugiés à plus de 262 000, dont 242 000 concentrés dans la seule région du Hodh Chargui. Bien que certains résident au camp de Mbera, la majorité est dispersée dans plus de 70 villages d’accueil, exerçant une pression immense sur les ressources locales.
Hospitalité sous contrainte et réalités géopolitiques
L’accueil des réfugiés par la Mauritanie n’est pas uniquement une question de solidarité. Avec une frontière difficile à sécuriser, le pays n’a que peu d’alternatives. « Fermer les portes serait suicidaire sur le plan diplomatique et sécuritaire », confie un responsable du camp de Mbera. La priorité pour la Mauritanie est de contenir la violence et d’empêcher l’instabilité de se propager sur son territoire.
Au Mali, le conflit s’enlise. Le gouvernement, désormais dépendant des mercenaires de Wagner pour contrôler certaines zones, voit ces derniers imposer leur loi par la violence. Mamadou, un réfugié de Gao, témoigne : « Wagner a plongé le pays dans une spirale de violence. Ils tuent, pillent, et détruisent tout sur leur passage. » Ces récits illustrent l’ampleur de la crise à laquelle la Mauritanie fait face, souvent seule.
Une aide internationale insuffisante pour des efforts locaux
Sur le terrain, bien que l’accueil de la Mauritanie soit salué, le pays est confronté à des difficultés croissantes. Le gouvernement consacre une partie de son budget national à la gestion des réfugiés, avec le soutien de partenaires internationaux tels que la Banque mondiale pour certains services essentiels. « Nous sommes fiers de ce que nous faisons, mais nous manquons de soutien », regrette un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur.
Les défis sont nombreux : la région du Hodh Chargui est frappée par la sécheresse, ce qui aggrave la pénurie d’eau et de nourriture. La coexistence entre les réfugiés et les communautés locales, pourtant accueillantes, devient de plus en plus difficile. « L’eau manque, et les récoltes sont maigres. Partager avec les réfugiés est de plus en plus compliqué », confie Oumar, un habitant d’un village voisin.
Malgré la présence d’organisations humanitaires comme le Programme alimentaire mondial (PAM) et Médecins Sans Frontières (MSF), les besoins sont colossaux. Le directeur d’un centre de soins du camp de Mbera souligne : « Nous faisons face à des cas de malnutrition sévère et à des épidémies de maladies respiratoires, surtout chez les enfants. Nous manquons de médicaments, de vaccins et même de personnel. »
Un appel à la solidarité internationale
La Mauritanie, malgré ses efforts, ne peut supporter seule le poids de cette crise. Le budget d’urgence alloué par le HCR pour 2024 n’a été financé qu’à 38 %, laissant des lacunes dans l’approvisionnement en nourriture, en médicaments et en abris. Cette situation pousse les réfugiés à se tourner vers des emplois informels, souvent précaires et exploitants, pour subvenir à leurs besoins essentiels.
Sur le plan diplomatique, le manque d’attention internationale laisse la Mauritanie isolée face à cette crise. Les pays donateurs, focalisés sur d’autres priorités géopolitiques, tardent à accorder les financements nécessaires pour alléger le fardeau de ce pays sahélien. Pourtant, la Mauritanie joue un rôle clé dans la stabilisation de la région, et son effondrement pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ses frontières.
Une situation critique à l’échelle régionale
La crise des réfugiés maliens en Mauritanie est un défi urgent qui dépasse les capacités de ce pays aux moyens limités. Elle révèle une solidarité silencieuse, mais aussi une détresse partagée entre réfugiés et communautés locales. La Mauritanie est à la croisée des chemins : si la communauté internationale ne réagit pas rapidement, la situation risque de dégénérer, entraînant avec elle une instabilité croissante dans une région déjà fragilisée par la violence.
Le sort des réfugiés maliens en Mauritanie n’est pas seulement une question de chiffres et de statistiques. C’est avant tout une question de dignité humaine. Leur détresse doit résonner au-delà des frontières et interpeller la communauté internationale pour un soutien accru. En laissant ce fardeau invisible peser sur la Mauritanie, le monde risque de manquer une occasion cruciale de prévenir une catastrophe humanitaire et sécuritaire qui pourrait s’étendre à toute l’Afrique de l’Ouest.
La Rédaction

