À Nouakchott, le secteur de la construction est frappé de plein fouet par une crise inattendue. Après l’expulsion massive de migrants en situation irrégulière, essentiellement originaires du Mali, du Sénégal, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, les chantiers manquent cruellement de bras. Résultat : arrêt ou ralentissement des travaux, flambée des prix des matériaux et délais de livraison qui s’allongent.
Une dépendance au travail des migrants
Depuis des années, les migrants maliens constituaient la principale main-d’œuvre dans le bâtiment. Leur présence s’étendait de la fabrication des briques au gros œuvre, jusqu’aux finitions. Leur départ brutal a laissé un vide impossible à combler à court terme.
« Nous faisons face à une absence de main-d’œuvre après le départ des migrants maliens. Les autorités avaient promis de former de nouveaux ouvriers, mais rien n’a encore été fait. La pénurie persiste et provoque une hausse des prix », déplore Sadio Camara, propriétaire d’un dépôt de briques.
Le nœud du problème : la rémunération
Le cœur du blocage réside dans la question salariale. Les migrants maliens acceptaient de travailler pour 4 000 ouguiyas (environ 62 000 FCFA) par mois, un montant jugé trop faible par la majorité des ouvriers mauritaniens. Faute de volontaires locaux, les chantiers restent vides.
« Depuis le départ des Maliens, les briques sont devenues introuvables et leur prix grimpe sans cesse. Les Mauritaniens refusent de travailler pour les mêmes salaires », confie Sidi Mohamed, un client confronté à la rareté des matériaux.
Des prix qui s’envolent
L’impact est immédiat sur les coûts de construction :
• La brique simple est passée de 13 à 25 ouguiyas l’unité.
• La brique hourdis est montée de 30 à 45 ouguiyas.
Cette flambée des prix alourdit les charges des ménages et des promoteurs immobiliers, déjà fragilisés par la cherté de la vie.
Un secteur au bord de l’asphyxie
Pour Habib Sy, professionnel du génie civil, la situation est alarmante : « Depuis le départ des Maliens, nous faisons face à des retards considérables. Certains chantiers sont à l’arrêt faute d’ouvriers. »
Si les autorités mettent en avant la lutte contre l’immigration irrégulière et la préservation de la sécurité nationale, elles se retrouvent désormais confrontées au défi de compenser une main-d’œuvre devenue essentielle à l’économie.
La Rédaction

