Les grandes économies africaines se retrouvent face à un défi de taille : la dépréciation de leurs monnaies face au dollar. Entre les pressions externes, les ajustements imposés par le Fonds monétaire international (FMI), et des politiques économiques variées, certaines monnaies subissent des chutes drastiques, tandis que d’autres parviennent à résister ou même à s’apprécier.
Dépréciation massive : quand la monnaie perd du terrain
En 2024, la tendance initiée l’année précédente se poursuit pour plusieurs monnaies africaines qui se déprécient lourdement face au dollar. Le naira nigérian, le birr éthiopien, le cedi ghanéen, et la livre égyptienne font partie des devises les plus touchées. Au Nigeria, par exemple, le naira a perdu près de 83% de sa valeur de janvier à septembre 2024, se stabilisant à 1639,45 nairas pour un dollar. Ce glissement a été accentué par des dévaluations successives visant à combler le fossé entre les marchés officiel et parallèle, mais les résultats attendus n’ont pas été au rendez-vous.
L’Égypte a, elle aussi, connu des dévaluations pour lutter contre une crise de liquidités et équilibrer les marchés. La livre égyptienne s’échange désormais à 48,53 livres pour un dollar, soit une baisse de 57,46% depuis le début de l’année.
Au Ghana, le cedi a chuté de 31,91% face au dollar, fragilisant une économie déjà dépendante des importations. Quant au birr éthiopien, sa dépréciation dépasse les 106%, entraînant une crise économique accentuée par des conflits internes et des pressions externes.
Les facteurs déclencheurs : entre marchés internationaux et dépendances structurelles
Les raisons de cette instabilité monétaire sont multiples. D’une part, les politiques monétaires de la Réserve fédérale américaine (Fed) en 2022-2023 ont renforcé le dollar, rendant plus coûteux pour les économies africaines de maintenir la parité. D’autre part, la baisse de la demande mondiale pour les exportations africaines a diminué les réserves de devises, mettant ainsi une pression supplémentaire sur les monnaies locales. De plus, les services de la dette extérieure, libellés en grande partie en dollars, grèvent les budgets nationaux déjà en difficulté, exacerbant les déficits.
Conséquences : inflation et découragement des investisseurs
La dépréciation monétaire entraîne une inflation galopante, car les produits importés deviennent plus coûteux. Une augmentation de 1% de la dépréciation se traduit en moyenne par une hausse de 0,22% du taux d’inflation. Les multinationales, voyant leurs bénéfices s’effriter lors des rapatriements de fonds, tendent à se désengager des économies africaines. Au Nigeria, par exemple, de grands groupes comme MTN et Nestlé ont subi des pertes substantielles.
Des monnaies résilientes : l’îlot de stabilité en Afrique du nord et la zone franc
Toutes les monnaies africaines ne connaissent pas la même situation. Les devises des pays du Maghreb, ainsi que le franc CFA, ont réussi à maintenir une certaine stabilité face au dollar. En effet, le dinar algérien, le dinar tunisien, et le dirham marocain ont enregistré des variations modérées par rapport au billet vert, soutenus par des politiques monétaires prudentes et des économies relativement diversifiées. Quant aux pays de la zone CFA, leur ancrage à l’euro les protège en partie des fluctuations du dollar, offrant ainsi une stabilité monétaire précieuse pour les populations et les entreprises locales.
Entre stabilité et dépendance, un équilibre précaire
La dépréciation des monnaies africaines face au dollar pose des défis majeurs pour les économies locales, notamment en matière de pouvoir d’achat et de maintien des investissements. Si certaines monnaies ont pu résister grâce à des mesures monétaires prudentes ou des ancrages à des devises fortes, le besoin d’une diversification économique plus poussée apparaît comme une nécessité pour atténuer les effets des crises futures.
La Rédaction

