L’Afrique prend une nouvelle direction dans le domaine de la finance mondiale avec l’annonce de la création de l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), la première agence de notation entièrement détenue et gérée par des Africains. Basée à l’île Maurice, l’agence devrait publier ses premières évaluations du risque de crédit dès juin 2026, offrant ainsi une alternative aux grands acteurs occidentaux.De nombreux pays africains dénoncent depuis des années ce qu’ils considèrent comme un biais des agences internationales, souvent accusées de gonfler artificiellement le risque souverain africain. Cette perception entraîne des taux d’emprunt plus élevés et pèse sur des budgets déjà fragilisés par la pandémie et les dettes publiques. Le Ghana et la Zambie, frappés par des défauts de paiement après la crise sanitaire, ont récemment mis en lumière ces pratiques.Soutenue par l’Union africaine via le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), l’AfCRA ambitionne de proposer des évaluations indépendantes et adaptées aux réalités locales. « L’AfCRA sera dirigée par des Africains et fonctionnera en totale autonomie », a précisé Marie-Antoinette Rose-Quatre, directrice générale du MAEP, lors d’un forum à Johannesburg.Contrairement aux agences internationales centrées sur les devises fortes, l’AfCRA privilégiera l’analyse des dettes libellées en monnaies locales, afin de renforcer les marchés de capitaux nationaux, de diminuer la dépendance aux financements étrangers et de limiter l’exposition au risque de change.Le choix de l’île Maurice n’est pas anodin : la stabilité de sa régulation financière et sa proximité avec les grands centres d’investissement en font un point de départ stratégique pour l’expansion de l’agence sur le continent. Des filiales régionales sont prévues pour intégrer les particularités économiques locales et assurer une couverture continentale adaptée.La réussite de l’AfCRA dépendra avant tout de sa crédibilité. Les investisseurs internationaux suivront de près sa méthodologie et son indépendance, tout écart pouvant réduire son influence sur le marché.L’initiative traduit également une volonté de renforcer l’autonomie financière des pays africains. « La résilience de nos systèmes de santé et de développement repose sur la solidité de nos finances », a rappelé Rose-Quatre, soulignant le lien direct entre notation juste et capacité de développement durable.L’AfCRA pourrait devenir un moteur pour réduire les coûts d’emprunt, attirer davantage de capitaux locaux et internationaux, et soutenir des projets stratégiques dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des infrastructures sur le continent africain.La Rédaction

