Interdits par la loi, les sextoys gagnent pourtant du terrain au Kenya, s’imposant discrètement dans la société. Importés en contrebande, ils se retrouvent dans des magasins bien cachés ou livrés directement aux consommateurs. Ce phénomène est soutenu par une évolution des mentalités, amplifiée par les réseaux sociaux.
Un commerce sous le radar
Dans un pays où ces objets sont officiellement proscrits, des boutiques de lingerie ou des magasins généralistes de Nairobi les proposent discrètement. Certains révèlent leur stock uniquement sur demande, tandis que d’autres les exposent subtilement aux côtés de bougies, de miel ou de chocolat. Selon un vendeur interrogé par Nation, ces articles figurent désormais parmi les plus prisés.
Les livraisons, en particulier, connaissent une véritable explosion. Des commandes affluent non seulement des grandes villes, mais aussi des zones rurales isolées, signe d’un marché qui s’étend au-delà des centres urbains.
Une jeunesse en quête de nouveauté
La popularité croissante des sextoys au Kenya reflète une transformation sociétale. De plus en plus de jeunes, notamment dans la vingtaine, assument leur curiosité et optent pour ces produits qu’ils n’osaient auparavant acheter qu’à l’étranger ou en ligne. Cette tendance traduit une volonté nouvelle d’explorer l’intimité, un sujet encore largement tabou dans ce pays conservateur.
Cependant, cette évolution ne va pas sans heurts. Dans de nombreuses communautés religieuses ou traditionnelles, la masturbation et l’utilisation de sextoys restent fortement stigmatisées. “Pour certains couples, la découverte de ces objets peut même provoquer un divorce”, souligne Joachim Osur, spécialiste en santé sexuelle.
Une tolérance contrainte
Les autorités, dépassées par l’ingéniosité des contrebandiers, peinent à freiner ce commerce illégal. Selon Daniel Wambua, responsable des services fiscaux, les sextoys entrent souvent dissimulés dans les bagages à travers les aéroports ou les frontières terrestres. Bien que des saisies et des arrestations aient lieu, le phénomène persiste.
Portés par l’anonymat qu’offrent les réseaux sociaux, ces objets tabous s’imposent peu à peu dans une société en pleine mutation, oscillant entre modernité et traditions profondément ancrées.
La Rédaction

