Le Mali est secoué par un événement alarmant. Alou Badra Sacko, président charismatique du mouvement citoyen « Touche pas à mon Argent » (Dôremê té bôh Alà), a été enlevé le 14 mars 2025 en plein Bamako par un commando d’hommes armés et cagoulés. Ce défenseur des droits économiques, devenu symbole de la résistance contre les nouvelles taxes sur les télécommunications, a disparu sans laisser de trace, plongeant la société civile malienne dans l’effroi.
Une voix puissante contre l’injustice économique
En quelques semaines à peine, Alou Badra Sacko s’était imposé comme figure incontournable de la contestation sociale au Mali. Face à l’introduction des nouvelles taxes sur les recharges téléphoniques et les transactions mobile money début mars, il avait cristallisé le mécontentement populaire en fondant le mouvement « Touche pas à mon Argent ». Cette initiative citoyenne dénonçait avec vigueur des politiques économiques jugées insoutenables dans un pays déjà asphyxié par l’inflation et une grave crise énergétique.
« Ces taxes sont une attaque directe contre les plus vulnérables, » déclarait-il lors de son dernier rassemblement public, trois jours avant sa disparition. « Quand l’État s’attaque à nos moyens de communication, c’est notre dignité même qu’il piétine. » Son discours, mêlant analyse économique et appel à la mobilisation pacifique, avait trouvé un profond écho auprès d’une population exsangue.
Un enlèvement méthodique aux multiples zones d’ombre
Les circonstances de sa disparition révèlent une opération minutieusement planifiée. Selon plusieurs témoins, Sacko a été intercepté vers 11h30 dans le quartier administratif de Bamako, à proximité du ministère de l’Éducation nationale. « Un véhicule 4×4 aux vitres teintées et sans plaque d’immatriculation s’est brusquement arrêté à sa hauteur, » rapporte un commerçant présent sur les lieux. « Quatre hommes cagoulés en sont sortis, l’ont maîtrisé rapidement et l’ont forcé à monter avant de disparaître. »
Malgré l’aspect spectaculaire de cette opération en plein jour et dans un quartier fréquenté, aucun groupe n’a revendiqué l’enlèvement. Cette absence de revendication alimente toutes les théories et renforce l’inquiétude quant au sort réservé au militant.
Un climat de répression croissante
Cette disparition forcée s’inscrit dans un contexte préoccupant de rétrécissement de l’espace civique au Mali. Ces derniers mois, plusieurs défenseurs des droits humains et journalistes ont signalé des actes d’intimidation, des menaces et des pressions diverses. « L’enlèvement de Sacko marque une escalade dramatique, » estime Aminata Traoré, coordinatrice de l’Observatoire des libertés publiques. « Nous passons de l’intimidation à la disparition forcée, ce qui constitue une ligne rouge franchie. »
L’effet dissuasif sur les autres militants est déjà palpable. Plusieurs figures de la société civile ont restreint leurs apparitions publiques, craignant un sort similaire. Cette autocensure risque d’affaiblir considérablement la capacité de mobilisation citoyenne dans un moment critique.
Une crise multidimensionnelle qui s’aggrave
Cette affaire éclate dans un contexte de crise systémique au Mali. Au-delà de l’insécurité persistante dans certaines régions, le pays fait face à une détérioration rapide des conditions de vie. L’inflation atteint des sommets, particulièrement sur les produits de première nécessité, tandis que les coupures d’électricité paralysent régulièrement l’économie. Dans ce tableau déjà sombre, la taxation accrue des télécommunications a été perçue comme une provocation.
« Le téléphone et le mobile money sont devenus des outils essentiels pour la survie quotidienne des Maliens, » explique Mamadou Coulibaly, économiste à l’Université de Bamako. « Taxer ces services, c’est s’attaquer directement au peu qu’il reste aux citoyens pour maintenir leur dignité et leur résilience économique. »
Mobilisation internationale et pression sur les autorités
Face au silence des autorités maliennes, la mobilisation s’organise au niveau international. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont lancé des appels urgents, exigeant une enquête immédiate et transparente. « La disparition forcée constitue un crime selon le droit international, » rappelle Amnesty International dans un communiqué. « Les autorités maliennes ont l’obligation de faire toute la lumière sur cette affaire et de traduire les responsables en justice. »
À Bamako, des veillées silencieuses s’organisent chaque soir depuis la disparition de Sacko. « Nous ne nous tairons pas, » promet Fatoumata Diallo, membre du mouvement « Touche pas à mon Argent ». « Alou s’est battu pour nous tous, maintenant c’est à nous de nous battre pour lui. »
L’affaire Sacko pourrait devenir un catalyseur pour une mobilisation plus large contre les dérives autoritaires et l’injustice économique au Mali. Mais dans l’immédiat, c’est bien l’inquiétude pour la vie d’un homme qui prédomine.
La Rédaction

