Accusé d’avoir alimenté une crise diplomatique avec Washington, le gouvernement sud-soudanais tente de redresser la barre. La récente nomination de Semaya Kumba au ministère des Affaires étrangères s’inscrit dans une série de gestes calculés pour calmer les tensions nées de l’affaire Makula Kintu.
À peine nommé par décret présidentiel le 9 avril, Semaya Kumba, ancien diplomate en poste à Pékin, a reçu l’ambassadeur américain Michael J. Adler à Juba. Cette rencontre, décrite comme « de courtoisie » par les autorités, avait une portée bien plus stratégique : il s’agissait pour Juba de montrer sa volonté d’apaiser une relation mise à mal par un malentendu diplomatique aux lourdes conséquences.
Tout est parti de l’expulsion de Makula Kintu, envoyé par les États-Unis vers le Soudan du Sud. Les autorités sud-soudanaises, estimant qu’il ne possédait pas la nationalité du pays, ont refusé son entrée à deux reprises. Présenté par les Américains comme sud-soudanais, Kintu a été considéré par Juba comme un Congolais du Nord-Kivu voyageant avec les papiers d’un certain Nimeri Garang. Ce flou identitaire a conduit Washington à suspendre temporairement la délivrance de visas aux ressortissants sud-soudanais — une mesure sans précédent depuis l’indépendance du pays en 2011.
Face à la fermeté américaine, Juba a fini par céder. Dans une déclaration rare, le gouvernement a annoncé autoriser Kintu à entrer sur le territoire, invoquant la nécessité de préserver une relation diplomatique « amicale » avec les États-Unis. Ce geste de conciliation s’est accompagné du remplacement de Ramadan Abdallah Goc, ministre des Affaires étrangères, dont la gestion de l’affaire avait suscité des critiques internes.
L’entretien entre Kumba et Adler visait donc à tourner la page. Officiellement, les deux parties ont convenu de renforcer leur coopération bilatérale, un euphémisme qui masque mal l’urgence pour Juba de retrouver une forme de crédibilité internationale, alors que le pays reste en proie à une instabilité chronique.
Car cette affaire survient sur fond de tensions internes persistantes. Le premier vice-président Riek Machar reste sous surveillance étroite, dans un contexte où l’équilibre politique reste précaire à moins de deux ans des élections promises. Entre pression extérieure et fragilité institutionnelle, Juba marche sur une ligne de crête.
La Rédaction

