Dans de larges pans du Burkina Faso, l’État est devenu un acteur fantôme. Dans les zones rurales les plus touchées par l’insécurité, les services publics sont quasi inexistants. Les écoles ferment les unes après les autres, les centres de santé sont dépeuplés, et l’administration a déserté. Ce retrait laisse des communautés entières livrées à elles-mêmes.
Pourtant, loin de l’effondrement total, une autre dynamique émerge : celle d’une société civile qui refuse l’abandon. Des groupements de femmes organisent des réseaux de solidarité alimentaire. Des jeunes relancent la culture vivrière pour répondre à l’inflation et à la faim. Dans certaines localités, on restaure les anciens mécanismes de médiation communautaire pour combler l’absence de justice formelle.
Ces initiatives ne relèvent pas d’un romantisme rural, mais d’un instinct de survie. Loin des discours de Ouagadougou, les habitants des campagnes bâtissent, pierre après pierre, les fondations d’un quotidien viable. Il ne s’agit pas d’un développement délégué par l’État, mais bien d’une autogestion imposée par le vide.
Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la transition, appelle à un sursaut souverainiste. Mais pour beaucoup, ce sursaut est déjà en cours — à bas bruit, dans les champs, les marchés, et les villages. Ce sont les oubliés de l’État qui reconstruisent, à leur façon, un pays qui vacille.
La Rédaction

