Human Rights Watch a publié le 29 juin un rapport dans lequel l’organisation alerte sur une aggravation des violences visant les civils au Mali depuis les opérations militaires intervenues à la fin du mois d’avril. Le document met en cause l’ensemble des parties impliquées dans le conflit, des groupes jihadistes aux forces armées maliennes, en passant par leurs partenaires étrangers déployés sur le terrain.
L’organisation de défense des droits humains estime que les événements survenus depuis la fin avril ont entraîné une nouvelle détérioration de la situation humanitaire dans plusieurs régions du Mali. Les affrontements se sont intensifiés et les populations civiles continuent de payer un lourd tribut dans un conflit où les violations du droit international humanitaire restent récurrentes.
Une offensive qui a marqué un tournant
Selon Human Rights Watch, la séquence ouverte par les attaques du 25 avril a profondément modifié la dynamique du conflit. Ces offensives, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), avec l’appui du Front de libération de l’Azawad (FLA), ont notamment permis aux groupes armés de reprendre le contrôle de Kidal, tout en provoquant une forte montée des tensions dans le nord du pays.
À la suite de ces événements, les forces armées maliennes, appuyées par leurs partenaires d’Africa Corps, ont intensifié leurs opérations militaires, tandis que le JNIM renforçait ses actions de harcèlement et de blocus sur plusieurs axes routiers.
Les civils pris au piège des combats
Le rapport souligne que cette escalade s’est traduite par de nombreuses atteintes contre les populations civiles. Human Rights Watch évoque notamment des morts et des blessés enregistrés lors des affrontements autour de Gao et de Kidal, ainsi que des attaques contre des véhicules civils circulant sur les principaux corridors reliant Bamako au reste du pays.
L’organisation fait également état de l’exécution d’un civil dans la région de Tombouctou et rappelle que les attaques répétées contre les convois de carburant alimentent les pénuries qui affectent plusieurs localités, perturbant l’approvisionnement en énergie, les activités économiques et le fonctionnement des services essentiels.
Des accusations contre les forces gouvernementales
Human Rights Watch affirme également avoir documenté plusieurs opérations attribuées aux forces armées maliennes et à leurs partenaires étrangers ayant provoqué des pertes civiles. L’ONG évoque notamment des interventions conduites dans le centre du Mali au cours du mois de mai, au cours desquelles des femmes et des enfants figureraient parmi les victimes.
Le rapport mentionne par ailleurs des frappes de drones ayant touché des rassemblements civils, notamment dans les localités de Guimbé et de Téné, où plusieurs personnes auraient trouvé la mort.
L’impunité au cœur des préoccupations
Human Rights Watch indique avoir sollicité les autorités maliennes afin de recueillir leurs observations sur les faits rapportés, sans obtenir de réponse. Le JNIM, en revanche, a transmis des explications à l’organisation, affirmant que certaines personnes visées ne respectaient pas les règles imposées dans les territoires placés sous son contrôle.
Pour l’ONG, ces justifications ne sauraient exonérer les auteurs d’attaques dirigées contre des civils. Elle rappelle que le droit international humanitaire interdit toute attaque délibérée ou indiscriminée visant les populations non combattantes.
La chercheuse de Human Rights Watch pour le Sahel, Ilaria Allegrozzi, estime que l’absence persistante de poursuites favorise la répétition des violations. Elle appelle les Nations unies et l’Union africaine à soutenir la mise en place de mécanismes indépendants chargés d’établir les faits et de favoriser l’ouverture de procédures judiciaires contre les responsables présumés.
La Rédaction

