Une présidence marquée par des choix audacieux… et controversés
Le retour de John Dramani Mahama à la tête du Ghana en janvier 2025, après une victoire contre le NPP, s’est accompagné d’un programme ambitieux de réformes. Promettant de redresser l’économie, de lutter contre la corruption et de rétablir la confiance publique, Mahama a engagé une transformation rapide – saluée par ses partisans, critiquée par ses adversaires.
Moins d’État, plus d’éthique : la nouvelle gouvernance Mahama
Dès son entrée en fonction, Mahama a réduit drastiquement le nombre de ministres : de plus de 100 à 60 maximum. Un code de conduite a été instauré pour les responsables politiques, interdisant notamment les voyages en première classe et supprimant divers privilèges (indemnités de carburant, abonnements TV…). Les économies réalisées ont été réinjectées dans les secteurs sociaux clés comme la santé et l’éducation.
GoldBod : la révolution silencieuse de l’or
L’un des plus grands coups de force du nouveau régime a été l’opérationnalisation du Ghana Gold Board (GoldBod). Depuis mai, cet organe centralise l’achat, la vente et l’exportation de l’or issu de l’exploitation artisanale, excluant les intermédiaires étrangers. Résultat : 56 tonnes exportées en cinq mois, près de 5 milliards de dollars de recettes et une tentative inédite d’en finir avec le « galamsey », cette exploitation illégale qui mine l’environnement.
Frappe fiscale ciblée : suppression de taxes impopulaires
La politique fiscale a également connu un tournant : Mahama a supprimé trois taxes particulièrement décriées – la taxe électronique, celle sur les paris, et celle sur les émissions de carburant. Cette initiative, portée par le ministre des Finances Cassiel Ato Forson, visait à relancer le pouvoir d’achat et à soutenir les entreprises.
Corruption : entre démonstration de force et accusations de sélectivité
Dans le cadre de la campagne « Récupérer tout le butin », plusieurs figures de l’ancien régime sont dans le collimateur de la justice. Ken Ofori-Atta, ancien ministre des Finances, fait l’objet d’une notice rouge d’Interpol pour détournement de fonds. Des scandales comme le projet fantôme de cathédrale nationale, le Skytrain d’Accra ou les faux employés du service national sont désormais instruits par le procureur général.
Mais les critiques dénoncent des poursuites à sens unique : des affaires impliquant des membres du parti au pouvoir (NDC) ont été abandonnées, ce qui jette le doute sur l’impartialité de la justice.
Une reprise économique réelle mais fragile
Le tableau macroéconomique affiche des signes encourageants. L’inflation est passée de 23 % à 13 %, le taux de change s’est fortement amélioré (de 17 à 10,4 GHC/USD), et le PIB a bondi de 5,3 % au premier trimestre 2025. La dette publique a été réduite grâce à des recettes en hausse et une discipline budgétaire assumée. Les prix du carburant ont également baissé, redonnant un peu d’air aux consommateurs.
Justice sous tension : la suspension de la juge en chef fait polémique
La décision de Mahama de suspendre la juge en chef Gertrude Torkornoo en avril a créé un malaise profond. Nombre d’observateurs redoutent une atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire, surtout en contexte de poursuites politiques. Cette mesure, jugée brutale, a fait craindre une concentration excessive du pouvoir entre les mains de l’exécutif.
Purge dans la fonction publique : la jeunesse touchée de plein fouet
Plus de 2 000 fonctionnaires recrutés sous le régime du NPP ont été remerciés, principalement des jeunes professionnels œuvrant dans des institutions publiques. Le gouvernement justifie cette vague de licenciements par la volonté d’assainir l’administration, en dénonçant des recrutements de complaisance. Mais le choc social est réel : de nombreux jeunes diplômés se retrouvent précarisés, ce qui entame sérieusement la confiance dans les promesses de justice sociale.
Entre redressement économique et tensions politiques
Les six premiers mois de John Mahama ont été ceux du volontarisme et des ruptures assumées. Si l’économie ghanéenne semble repartir sur des bases plus solides, les critiques sur la sélectivité des poursuites, les soupçons d’ingérence judiciaire et les purges administratives pourraient entacher durablement cette relance.
Le chef de l’État ghanéen devra désormais composer avec une opinion publique de plus en plus exigeante et des institutions fragilisées par les tensions internes. La suite de son mandat s’annonce aussi déterminante que ses premiers mois.
La Rédaction

