Des manifestations dénoncent la corruption et l’échec des promesses électorales
À Monrovia, la pluie n’a pas freiné la colère. Jeudi, plusieurs centaines de Libériens sont descendus dans les rues de la capitale pour dénoncer ce qu’ils qualifient de dérives du pouvoir du président Joseph Boakai. Entre slogans accusateurs et pancartes trempées, les manifestants crient leur désillusion à peine six mois après l’entrée en fonction du successeur de George Weah.
Une grogne portée par l’opposition
À l’origine de cette mobilisation, un proche de l’ancien président George Weah, défait lors de l’élection présidentielle de novembre 2023. Mais au-delà des clivages politiques, les revendications portées par la foule visent directement le cœur du régime actuel : corruption, recul de l’état de droit, promesses non tenues. Le ton est dur, les mots sont choisis : « Assez, c’est assez », scande la foule, déterminée à faire entendre sa voix.
Accusations de favoritisme et de clientélisme
Certains dénoncent une chasse aux sorcières contre les fonctionnaires de l’ancien pouvoir. Bendu Camara, 55 ans, ancien agent de l’administration, affirme que les nominations se font désormais de manière sélective, excluant ceux qui ont servi sous Weah. Une impression partagée par de nombreux manifestants, qui voient dans la politique de Boakai un retour aux pratiques clientélistes qu’il avait pourtant promis de combattre.
Une économie toujours asphyxiée
À l’image de Hawa Kpehe, une jeune commerçante de 22 ans, les critiques portent aussi sur la situation économique : stagnation des salaires, cherté de la vie, absence de réformes tangibles. Beaucoup disent ne plus croire aux promesses de campagne du nouveau président, pourtant élu avec l’engagement de redresser le pays après les années Weah.
Un pays fragilisé par l’histoire
Le Liberia n’a jamais vraiment guéri de ses deux guerres civiles, qui ont fait 250.000 morts entre 1989 et 2003. L’épidémie d’Ebola de 2014 a davantage affaibli ses structures. Dans ce contexte, la population, majoritairement jeune et précaire, attendait de Joseph Boakai un souffle nouveau. Mais la lenteur des réformes et les accusations de mauvaise gouvernance fragilisent rapidement sa légitimité.
Vers une crise de confiance ?
La contestation, bien qu’encore circonscrite, marque un tournant. Elle montre qu’en dépit du calme apparent, la société libérienne reste en alerte. Et si le pouvoir ne prend pas au sérieux ces premières alertes, la rue pourrait devenir un acteur central de la vie politique, dans un pays qui cherche encore sa voie entre démocratie, justice sociale et stabilité.
La Rédaction

