Mercredi, la Chambre des représentants des Philippines a voté pour la destitution de la vice-présidente Sara Duterte, sur fond de graves accusations. Parmi les chefs d’accusation : la tentative de complot pour assassiner le président Ferdinand Marcos Jr., des actes de corruption à grande échelle et une inaction face aux agressions répétées de la Chine en mer de Chine méridionale, une zone disputée stratégique.
Cette décision a exacerbé la fracture politique qui s’était déjà ouverte entre les deux plus hauts dirigeants du pays, Marcos et Duterte, renforçant ainsi la tension dans l’une des démocraties les plus agitées d’Asie. Alors que Marcos cherche à solidifier les relations de défense avec les États-Unis, son prédécesseur, Rodrigo Duterte, le père de la vice-présidente, avait pris soin de rapprocher le pays de la Chine et de la Russie pendant son mandat, qui a pris fin en 2022.
Le vote a vu la signature de plus de 215 législateurs, un nombre bien supérieur à celui requis pour transmettre la plainte au Sénat, qui agira en tant que tribunal pour juger la vice-présidente. Cette pétition, soutenue par des alliés proches de Marcos, dont son fils Sandro et le président de la Chambre, Martin Romualdez, appelle à une condamnation de Sara Duterte et à sa destitution de ses fonctions, avec une interdiction de toute fonction publique.
Les accusations portent également sur une gestion opaque des fonds secrets. Une enquête télévisée a révélé des irrégularités dans l’utilisation de 612,5 millions de pesos (environ 10,5 millions de dollars) alloués à son bureau. En plus de ces allégations, elle est accusée de richesse inexpliquée et d’avoir omis de déclarer sa fortune comme l’exige la loi.
Cependant, c’est son attitude face à la Chine qui alimente les critiques les plus vives. Accusée de ne pas avoir pris de mesures fermes contre l’expansion de Pékin en mer de Chine méridionale, Sara Duterte est jugée responsable d’une politique perçue comme timide et inefficace face à la menace géopolitique. Un silence que ses détracteurs considèrent comme une trahison de la souveraineté philippine.
Un autre point sensible de la plainte réside dans des menaces de mort qu’elle aurait proférées en novembre 2023, visant Marcos et d’autres personnalités politiques. Bien qu’elle ait tenté de clarifier que ses propos ne visaient pas à menacer réellement ses cibles, l’incident a ravivé les tensions et a conduit à une enquête sur ses intentions.
L’alignement politique entre Marcos et Duterte, qui s’étaient associés lors des élections de 2022 sous le slogan de l’unité nationale, s’est rapidement détérioré. Leurs origines familiales autoritaires et leurs victoires électorales écrasantes avaient créé l’illusion d’une solide alliance, mais les divergences idéologiques et personnelles ont fracturé leur partenariat.
Derrière cette destitution, certains observateurs voient une manœuvre visant à éliminer une potentielle rivale politique pour l’élection présidentielle de 2028. Les partisans de Duterte dénoncent une persécution politique, tandis que ses détracteurs insistent sur son incompétence et ses dérives autoritaires. Un processus politique à haut risque, dont l’issue pourrait redéfinir les équilibres de pouvoir aux Philippines dans les années à venir.
La Rédaction

