Le Liberia tente de conjurer les fantômes de son passé. Le président Joseph Boakai a récemment renouvelé, le décret présidentiel prolongeant d’un an le mandat du bureau chargé de préparer la création d’un tribunal pour juger les crimes des guerres civiles. Un pas symbolique vers la justice, mais les défenseurs des droits humains s’impatientent : l’impunité ne peut plus durer.
Un symbole fort, mais encore fragile
Le décret vise à maintenir vivante la promesse d’un tribunal capable de juger les atrocités commises entre 1989 et 2003, période marquée par deux guerres civiles et la mort d’environ 250 000 personnes. Le bureau, mis en place en mai 2024, a pour mission de définir l’architecture juridique de ce futur tribunal en concertation avec les partenaires internationaux.
Mais pour les acteurs de la société civile, comme Adama Dempster, secrétaire général de la plateforme Human Rights Advocacy of Liberia, ce renouvellement ne suffit pas. « Ne pas aller jusqu’au bout, c’est exposer le pays à de nouvelles violences politiques », alerte-t-il. Il en va, selon lui, de la stabilité même du Liberia.
L’urgence de la mémoire vivante
Au-delà de l’acte administratif, c’est le temps qui manque. Plusieurs anciens chefs de guerre sont déjà morts. Des témoins disparaissent. Des victimes s’éteignent dans le silence, sans avoir vu la justice reconnaître leur souffrance. « Il faut agir au plus vite », martèle Dempster. Car chaque jour passé sans tribunal affaiblit la mémoire judiciaire du pays.
Des freins politiques et financiers
Le processus reste entravé par les mêmes obstacles qui l’ont toujours ralenti : le manque de financements, la lenteur des procédures administratives et surtout le poids politique d’anciens seigneurs de guerre toujours influents dans la sphère publique. Pour ces derniers, un tribunal signifierait une mise en cause directe. La crainte d’une instrumentalisation politique plane également.
Renouveler le mandat du bureau est une avancée. Mais sans mise en œuvre rapide, le projet pourrait se transformer en simple outil de communication. Le Liberia n’a plus le luxe de l’attente. Pour les victimes et pour la stabilité du pays, il faut passer de l’intention à l’action.
La Rédaction

