La gestion de la biodiversité en Afrique, notamment dans les grands parcs naturels du Kenya, de la Tanzanie et de l’Éthiopie, met en lumière des dynamiques de pouvoir marquées par l’influence coloniale et internationale. Depuis des décennies, les politiques de conservation de la faune et de la flore en Afrique ont privilégié un modèle d’exclusion, écartant les populations locales sous prétexte de préserver la nature. Ce modèle, qui vise à créer des sanctuaires inviolables, est souvent perçu comme une « conservation forteresse » imposant une vision de la nature africaine intacte, privée de toute présence humaine.
Après les indépendances, un groupe d’anciens administrateurs coloniaux, surnommés les « experts gentlemen », a continué à orienter la gestion des ressources naturelles africaines à travers de grandes organisations internationales de protection de la biodiversité, telles que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le WWF. Certains de ces experts ont maintenu une influence directe en dirigeant les parcs, imposant des règles strictes pour protéger les écosystèmes des communautés locales. Leur vision reposait sur un postulat simple : conserver la nature exigeait d’éloigner les populations locales, accusées de « surexploiter » les ressources naturelles. Cette approche a mené à des expulsions et des violences, renforcées parfois par des dirigeants africains qui, cherchant à renforcer leur pouvoir ou à accéder aux financements internationaux, ont adopté ces pratiques.
Ce modèle a cependant montré ses limites. Privées de leurs terres et de leurs moyens de subsistance, de nombreuses communautés locales ont résisté à ces pratiques, souvent perçues comme une injustice. Les savoirs traditionnels et les pratiques de gestion écologique des populations locales, loin d’épuiser les ressources, témoignent d’une cohabitation durable avec leur environnement. De nombreuses études soulignent aujourd’hui que les politiques d’exclusion n’ont pas nécessairement permis de freiner la déforestation ni de contrôler le braconnage, mais ont au contraire exacerbé les tensions et ouvert la voie à des pratiques illégales sur des terres devenues inaccessibles aux communautés.
Aujourd’hui, un tournant s’amorce dans les politiques de conservation de la biodiversité africaine. Les initiatives de gestion participative et de conservation communautaire, qui impliquent les populations locales dans la préservation de leur environnement, se multiplient et redonnent une voix à ces communautés. Dans certains parcs, des projets de cogestion voient le jour, favorisant la collaboration entre communautés locales et experts écologistes pour assurer la protection de la biodiversité tout en respectant les droits des populations.
Ce nouveau modèle symbolise une rupture avec les approches passées, en posant les bases d’une conservation de la biodiversité inclusive et durable. Il redéfinit la gestion des ressources naturelles africaines en reconnaissant l’importance des savoirs locaux et la capacité des communautés à protéger les écosystèmes. Plus qu’une simple adaptation, cette évolution marque une avancée vers une gestion de la biodiversité qui valorise et protège les écosystèmes avec les communautés locales, plutôt qu’en les excluant.
La Rédaction

